21/05/2025
Kinshasa, future capitale du X ? Quand la précarité devient un business
Par : le voyageur étonné
Kinshasa, ville foisonnante de 17 millions d’habitants, incarne l’énergie, le génie et l’instinct de survie africain. Mais derrière le tumulte des klaxons, des marchés et des rêves partagés se cache une réalité plus sombre : celle d’une jeunesse désœuvrée, d’un chômage devenu endémique, et d’une précarité transformée en norme sociale. Et dans ce terreau fertile, une industrie inattendue s’installe peu à peu à côté, dans la région, surtout à l’ouest de l’Afrique : celle de la pornographie.
Cela pourrait prêter à sourire si ce n’était pas tragique. Dans une société où “chance eloko pamba” (la chance, c’est rien; réussir est une chance ) est une religion, où gagner vite et sans effort est devenu une obsession culturelle, et où la survie prime sur toute autre ambition, il n’est pas surprenant que certains jeunes soient attirés dans un futur très proche par des solutions de dernier recours, même les plus extrêmes.
Des sociétés étrangères, particulièrement occidentales, flairent déjà l’aubaine. L’Afrique est jeune. Elle est connectée. Elle consomme. Elle est vulnérable. Avec l’essor de l’Internet mobile et la démocratisation des smartphones, la consommation de contenu numérique explose. On est avides et avares du contenu à scandale, des sextapes, des clips chauds, des contenus hot 🥵 Et parmi ces contenus, les films pour adultes figurent en bonne place. Plutôt que d’importer des productions coûteuses, pourquoi ne pas produire local, à bas prix, avec des acteurs enrôlés dans la misère quotidienne ?
C’est exactement la stratégie adoptée par Marc Dorcel, entreprise française de production pornographique. En 2019, elle annonçait le lancement de Dorcel TV Africa. Objectif : produire du X “africain”, par des Africains, pour les Africains. Le business model est limpide : contextualiser les scènes, utiliser des visages locaux, et capitaliser sur la croissance démographique et numérique du continent. À première vue, c’est une “africanisation de l’offre”. En réalité, c’est une externalisation de la misère. Une exploitation économique et symbolique des corps.
Et désormais, cela ne relève plus de la fiction. La chaîne Dorcel Africa, présente à la fois sur les réseaux sociaux et dans le bouquet Canal+, est bien réelle. La pornographie africaine est dans nos murs, dans nos salons, dans nos smartphones. Elle ne se cache plus. Elle s’affiche, elle se vend, elle s’impose.
Personne en Afrique ne remet en question la liberté individuelle ou l’existence d’un marché mondial du divertissement pour adultes. Ce qui interroge, c’est l’absence de débat, l’indifférence des autorités, et surtout, l’instrumentalisation de la vulnérabilité économique des jeunes.
on ne parle pas d’acteurs professionnels encadrés par des syndicats, mais de jeunes en détresse, pour qui quelques dollars suffisent à franchir les lignes rouges.
Nous devons poser cette question frontalement : voulons-nous que dans les jours à venir Kinshasa devienne la nouvelle plaque tournante de la pornographie low cost ? Que la misère de notre jeunesse alimente un divertissement mondial cynique ? Que nos corps soient filmés, consommés, puis jetés ?
Il faut repenser les politiques d’emploi pour la jeunesse, renforcer l’éducation sexuelle et numérique, encadrer juridiquement l’industrie des contenus adultes, et surtout, offrir des alternatives concrètes à une génération laissée pour compte.
La dignité n’a pas de prix. Elle ne devrait pas se négocier au bas des contrat fragiles, signé dans l’ombre d’une caméra. Kinshasa reste vulnérable et peut être la prochaine cible, si elle ne l’est pas encore de ces industries mais peut devenir la capitale de l’innovation, de la culture, de la technologie avec un peu d’engagement des autorités mais certainement pas celle de la pornographie discount.