15/11/2025
LâHISTOIRE : « COLLECTION MBAMOISE
Marie-Charlotte MBARGA KOUMA est la premiĂšre femme Dramaturge dâAfrique subsaharienne. Elle a vu le jour le 15 juillet 1941 Ă Bafia, au Cameroun et sâest Ă©teinte en France le 13 fĂ©vrier 2008 Ă 66 ans.
NĂ©e dâun pĂšre haut fonctionnaire et dâune mĂšre au foyer, Marie-Charlotte Ekorong Ă PĂ©rem, de son nom de jeune fille, est la deuxiĂšme dâune fratrie de trois enfants. Elle grandit dans une famille unie et aimante au rythme des affectations de son pĂšre dans diffĂ©rentes rĂ©gions du Cameroun. LiĂ©e par une grande complicitĂ© Ă sa sĆur aĂźnĂ©e et son frĂšre cadet adorĂ©, elle passe sous le regard protecteur de ses parents une enfance et adolescence somme toute heureuses.
En 1957, elle intĂšgre lâEcole Normale des Instituteurs dâEbolowa, au sud du Cameroun et Ă©pouse en 1960 un diplomate, Godefroy MBARGA KOUMA. Ensemble, ils auront huit enfants. Marie-Charlotte MBARGA KOUMA a 24 ans lorsque dĂ©marre sa carriĂšre de Dramaturge en 1965 en Egypte. Tout en parcourant le monde aux cĂŽtĂ©s de son Ă©poux, elle poursuit entre deux maternitĂ©s son travail littĂ©raire et artistique. Câest ainsi quâen 1966 en GuinĂ©e Equatoriale, elle Ă©crit et met en scĂšne « La Famille Africaine » puis « Le Charlatan » en 1967 et « Une fille dans la tourmente » en 1968. Elle poursuit son Ćuvre en Ă©crivant « Un Enfant » en 1969 et « Le Mariage de ma cousine » en 1972.
En 1973, elle remporte le prix ORTF avec « La Famille Africaine » rebaptisĂ©e depuis « Les Insatiables ». Dans cette piĂšce Ă succĂšs reprĂ©sentĂ©e Ă plusieurs reprises au Cameroun et Ă lâĂ©tranger, Marie-Charlotte MBARGA fait un portrait au vitriol de la famille africaine.
Dans « Un Enfant », elle se penche sur la question de la stĂ©rilitĂ© dans le couple. Dans « Le Mariage de ma cousine » elle sâattaque aux mariages forcĂ©s et Ă la polygamie. Et dans « Les Aventures de Passa », elle aborde de maniĂšre avant-gardiste en 1975, dans une Afrique oĂč les prĂ©occupations sont plus politiques que sociales, les questions dâhomosexualitĂ©, de transsexualitĂ© et de bisexualitĂ©, en mĂȘlant avec brio croyance aux esprits et pouvoirs des forces occultes. Dans « Monsieur Homme-serpent » et « Consternation », elle nâest pas moins prolixe, lorsquâelle pointe du doigt les comportements Ă risque de certains de ces personnages.
Ecrire sans jamais se prendre au sĂ©rieux, avec humilitĂ© et passion, pour le plaisir de dire les choses et le monde qui lâentoure, semble ĂȘtre la devise de Marie-Charlotte MBARGA. Dans son Ćuvre, il y a un je ne sais quoi qui fait de cette Ă©pouse de diplomate et maman aimante, une dramaturge dâexception. LâĂ©tude de son Ćuvre rĂ©vĂšle que Marie-Charlotte MBARGA nâa eu cesse dâinterpeler Ă travers ses piĂšces, son public sur des questions dâactualitĂ©s. Des questions qui demeurent dâailleurs encore et toujours, et ce en dĂ©pit du temps qui passe, dâune extraordinaire actualitĂ©. Dâaucuns les qualifieront aujourdâhui de sociĂ©tales.
Aussi bien dans « Un Enfant » que dans « Une Fille dans la tourmente », « Le Mariage de ma Cousine » ou encore « Les Insatiables » et « Les Aventures de Passa » pour ne citer que ces piĂšces-lĂ , Marie-Charlotte MBARGA interpelle et questionne la sociĂ©tĂ© traditionnelle et moderne, mais aussi le profane et le sacrĂ©, tantĂŽt avec dĂ©tachement, tantĂŽt avec sarcasme, mais toujours avec justesse et sans faux-semblants, sur la famille, son thĂšme de prĂ©dilection. Et par extension le rapport Ă soi et Ă lâautre, le respect et la gĂ©nĂ©rositĂ©, valeurs quâelle considĂšre comme essentielles dans la vie, et qui sont omniprĂ©sentes dans ses piĂšces. Valeurs auxquelles sâajoutent pour cette protestante pratiquante, une foi inĂ©branlable en Dieu.
La place prĂ©pondĂ©rante que Marie-Charlotte MBARGA accorde au thĂšme de la famille dans son Ćuvre, fait de cette Ă©pouse, mĂšre aimante et dramaturge dâexception, une personne Ă©minemment gĂ©nĂ©reuse, Ă lâĂ©coute du monde qui lâentoure et alliant avec la mĂȘme passion, sa vie de mĂšre, dâĂ©pouse et de femme de culture.
Marie-Charlotte MBARGA a Ă©crit une dizaine de piĂšces de théùtre, mais ne sâest pas arrĂȘtĂ©e lĂ . Elle a fondĂ© dans les annĂ©es 70, la troupe « Les Etoiles de la Capitale » qui sâest produite lors des rĂ©ceptions organisĂ©es par lâAmbassade du Cameroun dans les diffĂ©rents pays oĂč elle a sĂ©journĂ© en sa qualitĂ© dâĂ©pouse de diplomate, mais aussi au Centre Culturel Français de YaoundĂ© oĂč elle avait ses habitudes.
Outre ses activités théùtrales, Marie-Charlotte MBARGA a fondé et dirigé le ballet « Mini Yakan », groupe de danse composé de jeunes filles rassemblées dans la célébration des danses traditionnelles du Cameroun. Le succÚs du ballet Mini Yakan fut retentissant dans les années 80.
En sa qualitĂ© de femme de théùtre, elle a Ă©tĂ© membre du conseil dâadministration de la SociĂ©tĂ© Camerounaise de Dramaturges et a travaillĂ© pendant de nombreuses annĂ©es Ă la Direction des Arts et Lettres du MinistĂšre Camerounais de la culture. Une partie de lâĆuvre de Marie-Charlotte MBARGA est en cours de (rĂ©)Ă©dition.
AngĂšle Mbarga