23/07/2026
Quelques leçons à méditer
Les événements qui se déroulent actuellement en Inde, ainsi que ceux survenus récemment à Madagascar, invitent à une réflexion qui dépasse les frontières de ces deux pays.
Malgré des contextes différents, plusieurs similitudes apparaissent. Dans les deux cas, une partie importante de la jeunesse exprime un profond malaise face aux difficultés socio-économiques, au chômage, à des accusations ou des perceptions de corruption, à la perte de confiance dans certaines institutions, notamment le système éducatif, ainsi qu’au sentiment de ne pas être suffisamment entendue. Les tensions se sont progressivement accentuées jusqu’à donner naissance à des mouvements de contestation de grande ampleur.
Sans nous prononcer sur les affaires intérieures de ces nations amies, ces événements nous rappellent qu’aucune société n’est totalement à l’abri lorsque les frustrations s’accumulent et que le dialogue devient difficile.
Il ne nous appartient donc pas de juger. En revanche, il nous appartient de tirer des leçons de ce qui se passe autour de nous.
Par la grâce du Seigneur, l’île Maurice jouit depuis de nombreuses années d’une stabilité, d’une paix sociale et d’une coexistence harmonieuse qui constituent une richesse inestimable. Nous implorons notre Seigneur de préserver cette sérénité, cette unité nationale et cette fraternité entre tous les Mauriciens.
Nous ne souhaitons ni les révoltes, ni les sit-in, ni les grèves prolongées, ni toute autre forme de confrontation susceptible de perturber la paix sociale. L’histoire montre que les crises de cette nature entraînent souvent des conséquences économiques, sociales et humaines dont souffrent avant tout les citoyens ordinaires.
Notre jeunesse doit être consciente que Maurice n’est ni Madagascar ni l’Inde. Notre pays est une petite île dont l’économie est particulièrement vulnérable. Une paralysie prolongée de nos activités affecterait rapidement les travailleurs, les familles, les entreprises, les plus vulnérables et l’ensemble de la population. Notre réalité géographique, démographique et économique est différente de celle de ces grandes nations amies. Préserver la stabilité de notre pays est donc une responsabilité collective.
Cependant, une autre leçon mérite également d’être méditée.
Les tensions sociales ne naissent généralement pas du jour au lendemain. Elles résultent souvent d’un cumul de difficultés, de frustrations ou d’un sentiment de ne pas être entendu. Lorsqu’un fossé se creuse durablement entre une partie de la population et les institutions, il devient de plus en plus difficile d’apaiser les tensions. Il est donc dans l’intérêt de tous que les préoccupations légitimes de la population soient entendues, examinées et traitées avec sagesse.
La jeunesse représente l’avenir de toute nation. Lorsqu’elle perd confiance dans le mérite, dans les institutions, dans les perspectives d’avenir ou dans la possibilité d’être écoutée, c’est l’avenir même du pays qui se fragilise. Préserver cette confiance devrait constituer une préoccupation commune pour les autorités, les familles, les éducateurs, les responsables religieux et l’ensemble de la société civile.
Notre souhait est de ne jamais revivre des périodes douloureuses de notre histoire, comme les événements de mai 1975, qui ont profondément marqué notre pays. Préserver la paix sociale doit demeurer une responsabilité de tous.
Dans cet esprit, nous adressons un appel respectueux à nos autorités afin qu’elles demeurent constamment à l’écoute des préoccupations de la population, qu’elles renforcent le dialogue, la concertation et les consultations avant les grandes décisions nationales, et qu’elles continuent à rechercher ce qui est le plus bénéfique pour notre pays.
Les défis auxquels notre nation est confrontée sont nombreux :
• le coût de la vie, le pouvoir d’achat,
• l’emploi des jeunes,
• les perspectives offertes à la nouvelle génération,
• les services de santé,
• la prolifération de la drogue et l’augmentation de sa consommation,
• la sécurité, la criminalité ne cesse de s’accroitre,
• la gestion de l’eau et de l’électricité,
• les politiques sociales, la protection des personnes âgées et en situation de handicap,
• les pensions, les préoccupations exprimées par une partie de la population concernant les réformes de la pension universelle
• la bonne gouvernance, la transparence dans la gestion des affaires publiques et la lutte contre toute forme de corruption
sont autant de sujets qui touchent directement la vie quotidienne des Mauriciens et méritent une attention constante.
Être à l’écoute de son peuple n’est jamais un signe de faiblesse. C’est au contraire l’une des plus grandes forces d’un État. Une gouvernance fondée sur l’écoute, la justice, la transparence et la concertation contribue à renforcer la confiance de la population et à préserver durablement la stabilité nationale.
Dans le même temps, nous devons également nous interroger sur nos propres responsabilités. Une société ne se réforme pas uniquement par des décisions gouvernementales. Elle se construit aussi par
• l’honnêteté de ses citoyens,
• le respect des lois,
• le refus de la corruption sous toutes ses formes,
• le civisme,
• le sens du devoir,
• le travail consciencieux,
• le respect des droits d’autrui,
• l’éducation de nos enfants et
• les valeurs que nous transmettons aux générations futures.
Chacun de nous contribue, par ses actes quotidiens, à bâtir ou à fragiliser notre société.
Les difficultés auxquelles une nation est confrontée ne trouvent pas toujours leur origine dans un seul facteur. Elles résultent souvent d’une accumulation de causes. C’est pourquoi la réforme ne peut être durable que si chacun assume les responsabilités qui lui ont été confiées, avec sincérité, intégrité et sens du bien commun.
Nous formulons également le vœu que chaque citoyen continue à exprimer ses préoccupations avec responsabilité, dans le respect des lois, des institutions et de ses concitoyens. Le dialogue constructif demeurera toujours préférable à la confrontation, et les solutions durables naissent davantage de l’écoute mutuelle que de l’affrontement.
Au final, nous ne souhaitons que le bien de notre pays.
Nous demandons au Seigneur d’accorder la sagesse à nos dirigeants, la clairvoyance à tous ceux qui exercent une responsabilité publique, le sens des responsabilités à chaque citoyen, et de préserver notre pays de toute division, de toute injustice, de toute violence et de toute épreuve. Puisse notre île demeurer un pays où règnent durablement la justice, la stabilité, la prospérité, le respect mutuel, l’unité nationale et la paix sociale.
Imaam Akbar