26/07/2026
Pourquoi un vieil homme peut-il appeler un jeune « oncle » ?
Hier, je vous ai parlé du mot « quê », ce lieu où l'on est né, mais surtout celui vers lequel on revient toujours.
Et justement, autour de ce « quê », les Vietnamiens utilisent toute une richesse de mots pour désigner les membres de la famille. Là où le français se contente souvent de tante ou oncle, le vietnamien distingue par exemple cô, dì, thím, mợ, bá ou encore chú, cậu, bác. Chacun de ces mots raconte une place bien précise dans la famille.
Pour beaucoup d'étrangers, cette scène semble impossible.
Imaginez un homme de 70 ans qui s'adresse à un jeune de 25 ans en l'appelant « oncle ».
Au Vietnam, cela peut pourtant arriver. Pourquoi ?
Parce que, chez nous, on ne s'adresse pas aux autres en fonction de leur âge, mais en fonction de leur place dans la famille.
Si ce jeune homme appartient à une génération supérieure dans l'arbre généalogique, même une personne beaucoup plus âgée devra l'appeler « oncle ».
Ce n'est donc pas une question d'âge.
C'est une question de génération.
Les Vietnamiens ont d'ailleurs un proverbe :
« Bé bằng củ khoai cũng cứ vai mà gọi. »
On pourrait le traduire ainsi :
Même un enfant haut comme trois pommes doit être appelé selon sa place dans la famille.
Autrement dit, le rang familial est plus important que l'âge.
C'est pour cette raison qu'au Vietnam, un enfant peut être appelé « oncle » ou « tante », tandis qu'une personne âgée peut, elle, se présenter comme « neveu » ou « nièce ».
Cela surprend souvent les visiteurs étrangers.
Mais derrière cette façon de parler se cache une idée très importante : chacun occupe une place dans une histoire familiale qui le dépasse.
Quand un Vietnamien utilise un mot comme anh, chị, cô, chú, bác, cậu ou dì, il ne choisit pas simplement une formule de politesse.
Il rappelle le lien qui unit les personnes.
Au Vietnam, les mots ne servent pas seulement à parler. Ils servent aussi à raconter la famille.