21/05/2018
Sur les lieux qui deviendront le quartier des Marolles, se construit une chapelle dédiée à Notre-Dame bientôt entourée de quelques maisons d’artisans. A un kilomètre de là, le long d’une ancienne voie romaine, s’établit une léproserie. Les jalons du quartier des Marolles sont posés avec d’une part ce qui deviendra l’église Notre-Dame de la Chapelle et d’autre part ce qui deviendra l’hôpital Saint-Pierre. Entre les deux, le diverticulum, aujourd’hui rue Haute.
Après la construction de la deuxième enceinte qui englobe les Marolles en 1383 : de nombreux petits métiers s’installent dans le quartier, rappelés par le nom des rues actuelles : rue des Tanneurs, des orfèvres, des Chaisiers, des Brodeurs, des Charpentiers, …
Devant l’importance de la pauvreté dans les Marolles au XVI et XVII siècle, de nombreuses congrégations religieuses viennent s’installer : les Brigittines, les Minimes, les Capucins et les Sœurs Apostolines dont la devise Mariam Collentes donnera, par élisions successives, leur surnom des Sœurs Maricolles et l’appellation du quartier de la Marolle.
Certains historiens ou « folkloristes » attribuent l’origine du mot « Marolle » à l’arrivée dans le quartier d’ouvriers du Hainaut qui amènent avec eux leur fromage à forte odeur : le Maroille.
Ce serait d’ailleurs un mélange de wallon, de flamand, d’espagnol et de yiddish qui aurait donné naissance au langage marollien dit bargoensche, aujourd’hui, encore parlé par quelques anciens.
De cette époque reste une tradition bien ancrée : les Marolles sont le lieu de passage, de transit vers la ville. Wallons, Espagnols, Juifs, Polonais, Italiens et tant d’autres s’y sont succédés jusqu’aux Maghrébins et aux Africains d’aujourd’hui.
Au XIX siècle les autorités percent, à travers les ruelles et impasses du quartier, une nouvelle artère rectiligne qui permet un meilleur contrôle policier : la rue Blaes. L’Hospice des Aveugles, la Caserne des Pompiers et la place du Jeu de B***e viennent compléter la liste des lieux symboliques du quartier. La place du Jeu de B***e ou Vosseplein accueille tous les matins depuis 1873 le Vieux Marché, bien connu pour son brol au delà même de nos frontières.
Mais, à cette époque, c’est surtout la construction du Palais de Justice qui va marquer la mémoire des Marolliens. La plus grande construction d’Europe mais aussi les premières expropriations dans les Marolles : « bâtisses, dit-on, d’une médiocre importance dont les frais d’acquisition seront aussi restreints qu’on peut l’espérer ». D’où l’injure suprême, bien connue et si propre aux Bruxellois : schieve, rotte ou veuille architekt !
Le 19ème siècle, c’est aussi la Révolution Belge, 1830, où de nombreux Marolliens montent sur les barricades et luttent pour l’indépendance aux côtés de Charlier Jambe de Bois.
C’est encore le café du « Mouton Bleu », anciennement aux Brigittines aujourd’hui sur le Vieux Marché où le leader progressiste Jakob Kats organise des réunions d’ouvriers et fonde en 1848 la « Ligue Belge pour le Suffrage Universel ». C’est enfin la Maison du Peuple de Victor Horta, inaugurée le jour de Pâques 1899 à la lisière des Marolles : « La Pâque Rouge », titre le journal « Le Peuple ».
Le début du XX siècle connaît une nouvelle agitation : grèves et combats violents se succèdent rue Haute et place de la Chapelle en vue de l’obtention du suffrage universel. Pendant la première guerre mondiale, la crainte d’un soulèvement est telle que l’occupant allemand pointe, en permanence, un canon sur la rue Montserrat depuis l’esplanade du Palais de Justice.
L’entre-deux-guerres, voit l’arrivée de nouvelles populations : Juifs d’Europe centrale, Républicains espagnols viennent à leur tour apprendre le pays et s’y intégrer à travers la vie rude mais conviviale des impasses surpeuplées. Lors de la seconde guerre mondiale, le centre du « marché noir » s’établit rue des Radis, mais les habitants du quartier rivalisent aussi pour cacher tant et tant de Juifs tout au long du conflit.
Après la deuxième guerre mondiale le quartier reprend sa vie traditionnelle, avec sa principale activité économique : la récupération de vieux métaux, chiffons et brol. Pourtant la pauvreté est extrême, le logement pénible dans les ruelles et impasses où la population grouille mais où, par exemple, les sanitaires font défaut. En 1952, Sa Majesté le Roi Baudouin visite, incognito, le quartier en compagnie de l’abbé Froidure : la gravité de la situation le frappe et l’émeut particulièrement. A partir de 1959, recommencent les constructions de logements sociaux.
En 1969 le quartier de la Marolle est à nouveau menacé de destruction : il s’agit, ni plus ni moins, de le raser pour y installer une extension du Palais de Justice. Mais cette fois, les Marolliens s’engagent dans une lutte qui sera connue sous le nom de Bataille de la Marolle. Les rues des Prêtres, de la Prévoyance, Montserrat et aux Laines se couvrent d’affiches, de calicots et les manifestations se succèdent. Les habitants se constituent en Comité. Une concession à perpétuité et une plaque commémorative leur est donnée rue Montserrat.