27/11/2025
« Là où la Terre s’est réveillée : Afdera bouleversé par l’éruption du Hayli Gubbi »
Mon voyage prévu en janvier prochain à Afdera avait déjà été reporté pour des raisons sécuritaires et politiques, selon le Ministère belge des Affaires étrangères.
Depuis des mois pourtant, je rêvais de partager avec vous ces paysages irréels : les étendues de sel aveuglantes, les lacs acides aux reflets verts impossibles, les coulées figées du Rift est-africain. Une destination hors du temps, presque hors du monde.
Mais le 23 novembre 2025, la Terre a écrit une autre page de son histoire. Une page brûlante.
Ce matin-là, le volcan Hayli Gubbi, que l’on disait endormi depuis près de 12 000 ans, s’est soudain réveillé. Une colonne de cendres a jailli vers le ciel, montant à plus de dix kilomètres, comme si le volcan avait retenu son souffle pendant des millénaires avant de tout relâcher d’un coup. Les images parlaient d’elles-mêmes : un panache gigantesque, des nuages sombres dérivant vers la mer Rouge, une région entière figée dans l’attente.
Autour du volcan, les villages — dont Afdera — ont reçu une fine poussière grise, légère comme une bruine, mais assez dense pour rappeler que la nature garde toujours un coup d’avance.
Et moi, devant ces scènes, j’ai compris que mon voyage prenait un tournant inattendu.
Je m’étais préparé à découvrir un désert silencieux, un territoire minéral, presque immobile. Au lieu de cela, la région venait de me rappeler qu’elle est l’un des rares endroits où l’on peut sentir — physiquement — que les continents bougent. Qu’ici, l’Afrique se fissure lentement, ouvrant un futur océan, révélant des forces que l’on finit parfois par oublier.
Heureusement, aucun blessé n’a été signalé. Mais les habitants craignent pour leur bétail, pour les pâturages recouverts de cendres, pour l’équilibre fragile de cette terre déjà rude.
Alors mon voyage devra attendre, comme tout le reste. Observer, respecter, laisser la région respirer après ce sursaut géologique.
Et pourtant, une certitude persiste : revenir à Afdera après l’éruption aura une saveur différente.
Comme si voir la Terre en mouvement donnait encore plus de sens à l’idée d’y poser le pied.