06/01/2026
Voyage autour de l'île d'Orléans de Hubert LaRue
[English will follow]
En guise de complément à ma publication d’hier, et alors que notre curieuse et passionnée chercheuse-dilettante de curiosités historiques locales, Micha Horswill, s'intéresse au magnifique Voyage sur la rue Saint-Jean du docteur Hubert LaRue, permettez-moi de vous présenter un autre récit de voyage du même auteur. Publié au printemps 1861 dans les pages des Soirées canadiennes, le Voyage autour de l'île d'Orléans est à la fois promenade pittoresque, mémoire historique et méditation sur l'identité canadienne-française. LaRue y raconte une excursion en bateau à vapeur au départ de Québec, agrémentée d'une traversée en calèche sur les routes de l'île.
Le texte s'ouvre sur une description lyrique du fleuve Saint-Laurent et d'un panorama grandiose embrassant Québec, Pointe-Lévis et les côtes de Beauport. LaRue s'attarde ensuite sur l'Anse-du-Fort, au bout de l'île, où il évoque le refuge des Hurons (Wendat) en 1651 après la destruction de leurs bourgades par les Iroquois, la chapelle érigée pour eux par les missionnaires, ainsi que les massacres qui s'ensuivirent.
La calèche prend ensuite le relais pour un tour des paroisses de l'île. LaRue les énumère au nombre de cinq : Saint-Pierre, Saint-Laurent, Saint-Jean, Saint-François et Sainte-Famille. Il est frappant de constater qu'en 1861, le village que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de Sainte-Pétronille n'existe pas encore en tant qu'entité distincte : il fait alors partie intégrante de la paroisse de Saint-Pierre, et LaRue ne lui consacre aucune mention séparée. En effet, l'église de Sainte-Pétronille ne sera construite qu'en 1871, soit une décennie après la publication de ce texte, et l'établissement du village comme entité autonome est encore plus tardif. Il n'est donc pas surprenant que l'auteur passe directement de l'Anse-du-Fort à la route vers Saint-Laurent, sans nommer de village à cet endroit. Ce coin de l'île connaîtra pourtant une postérité remarquable : le peintre Horatio Walker y acquiert une propriété en 1888, faisant de Sainte-Pétronille son lieu de vie et de création, et il y décède en 1938. Dès 1880, Walker avait trouvé à l'île d'Orléans une source inépuisable de sujets pastoraux, au point d'y établir sa résidence dans le village pittoresque de Sainte-Pétronille. La rue longeant le fleuve à cet endroit, là même où LaRue avait déambulé sans y trouver de village constitué, porte aujourd'hui son nom en hommage à celui qui immortalisa la vie rurale de l'île.
Sinon, LaRue s'intéresse tout particulièrement à Saint-Jean, son village natal, qu'il évoque avec une certaine nostalgie la grève de son enfance, l'église, le cimetière. Il traite aussi longuement de la culture insulaire, des légendes de loups-garous et de feux-follets aux crêpes au sirop d'érable et au fromage raffiné, ainsi que de l'histoire militaire de l'île, de Cartier à Wolfe. À Argentenay, hameau nord de Saint-François, il décrit avec admiration la persistance des modes de vie traditionnels.
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Hubert LaRue's Voyage autour de l'île d'Orléans
As a complement to yesterday's post, and while our local curious and passionate investigator-dilettante of local curiosities, Micha Horswill, turns her attention to Dr. Hubert LaRue's magnificent Voyage sur la rue Saint-Jean, allow me to introduce another travel account by the same author. Published in the spring of 1861 in the pages of Les Soirées canadiennes, the Voyage autour de l'île d'Orléans is at once a picturesque ramble, a work of historical memory, and a meditation on French-Canadian identity. LaRue recounts an excursion by steamboat departing from Quebec City, rounded out by a calèche ride along the island's roads.
The text opens with a lyrical description of the St. Lawrence River and a sweeping panorama taking in Quebec City, Pointe-Lévis, and the shores of Beauport. LaRue then lingers at the Anse-du-Fort, at the island's tip, evoking the Hurons' (Wendat) refuge there in 1651 following the destruction of their villages by the Iroquois, the chapel built for them by missionaries, and the massacres that followed.
The calèche then takes over for a tour of the island's parishes, which LaRue numbers at five: Saint-Pierre, Saint-Laurent, Saint-Jean, Saint-François, and Sainte-Famille. It is striking to note that in 1861, the village now known as Sainte-Pétronille did not yet exist as a distinct entity: it was then part of the parish of Saint-Pierre, and LaRue makes no separate mention of it. The church of Sainte-Pétronille would not be built until 1871, a full decade after this text was published, and the village's establishment as an autonomous community came later still. It is therefore no surprise that the author moves directly from the Anse-du-Fort to the road toward Saint-Laurent, without naming any village at that spot. That corner of the island would nonetheless go on to achieve remarkable distinction: the painter Horatio Walker acquired a property there in 1888, making Sainte-Pétronille his home and creative base until his death in 1938. As early as 1880, Walker had found in the island an inexhaustible source of pastoral subjects, eventually settling in the picturesque village of Sainte-Pétronille. The road running along the river at that very spot, where LaRue had once wandered without finding an established village, now bears Walker's name in tribute to the man who immortalized the island's rural way of life.
LaRue reserves particular warmth for Saint-Jean, his native village, evoking with quiet nostalgia the beach of his childhood, the church, and the cemetery. He also dwells at length on island culture, from legends of werewolves and will-o'-the-wisps to crêpes with maple syrup and aged cheese, as well as the island's military history from Cartier to Wolfe. At Argentenay, a hamlet in the northern part of Saint-François, he describes with admiration the enduring persistence of traditional ways of life.