01/05/2026
Le tussilage (Tussilago farfara)
Il y a quelque chose de profondément touchant dans la première fleur jaune de l'année. Après ces longs mois où la lumière s'est faite rare… une petite tige cotonneuse perce. Elle est seule. Elle n'a même pas encore de feuilles. Juste une fleur, comme un petit soleil qui perce à travers les feuilles mortes.
Le tussilage est souvent la toute première fleur sauvage à fleurir au Québec, même avant le pissenlit. J'aime l'appeler ma fleur météorologique : elle s'ouvre grand au soleil, et se referme dès que le ciel s'assombrit.
Une curiosité botanique fascinante
Le tussilage a une particularité que j'aime beaucoup partager : ses fleurs apparaissent avant ses feuilles. Les anciens herboristes avaient même un nom poétique pour ce phénomène : Filius ante patrem : le fils avant le père. La fleur précède celles qui devraient logiquement la nourrir.
Les feuilles, elles, viendront plus t**d. Larges, épaisses, dentées, vertes dessus et blanchâtres dessous. Elles persisteront tout l'été, alors que les fleurs auront depuis longtemps disparu. C'est aussi de cette feuille que viennent ses surnoms imagés : pas d'âne, pied de cheval, à cause de sa forme.
Où le trouver ?
Le tussilage aime les sols remués, perturbés, là où la terre a été dérangée :
• bordures de chemins
• fossés
• talus et remblais
• terrains argileux ou calcaires, plutôt humides
C'est un peu sa mission, d'ailleurs : coloniser les espaces blessés, retenir la terre, préparer le sol pour celles qui suivront.
Cueillir en conscience
Avant toute cueillette, un rappel important : le tussilage est l'une des toutes premières sources de nectar pour les abeilles au printemps. Alors on cueille avec conscience :
• en pinçant, jamais en tirant (pour préserver le rhizome)
• jamais tout d'un seul endroit
Quand récolter ?
On cueille les fleurs en bouton ou tout juste en train de s'ouvrir car elles continuent de maturer pendant le séchage. C'est important parce que les capitules trop avancés deviennent rapidement plumeux et entrent dans leur processus de granification. On se retrouve alors avec des petits ponpons de fleurs ahah.
*Laisse reposer la récolte 1 à 2 heures sur un linge, pour laisser partir les insectes
Les feuilles, elles, se récoltent tout l'été.
Une reine du système respiratoire
En herboristerie, le tussilage est reconnu depuis des siècles comme une grande alliée des poumons. Son nom latin lui-même le dit : Tussilago vient de tussis (la toux) et agere (chasser).
Ses propriétés principales :
• adoucissant
• antitussif (calme la toux)
• expectorant (aide à évacuer le mucus)
• antispasmodique (apaise les spasmes bronchiques)
• bronchodilatateur léger
• anticatarrhal (réduit le mucus)
• tonique des muqueuses
Le tussilage apaise les quintes les plus tenaces et soutient aussi bien les toux aiguës que les toux chroniques qui s'installent et fatiguent. Il a aussi un effet calmant général sur les bronches.
Particulièrement indiqué pour :
• toux irritative
• bronchite
• asthme
• spasmes bronchiques
C'est une plante qu'on aime particulièrement utiliser en mélange, avec d'autres alliées du système respiratoire : sureau, guimauve, mauve, molène, thym, plantain, ortie. Les combinaisons sont infinies, on travaille avec ce qu'on a récolté.
Préparations : pas à pas
L'infusion est la meilleure façon de préparer le tussilage, parce que les alcaloïdes pyrrolizidiniques sont peu solubles dans l'eau, l'infusion est donc une préparation sécuritaire, à condition de respecter les précautions d'usage.
1 à 2 c. à thé de fleurs et/ou de feuilles séchées dans une tasse d'eau chaude infuser 10 minutes bien filtrer avec filtre à café (les poils sont irritants) *Note: je préfère faire une infusion avec plusieurs plantes combinées.
Le glycéré de tussilage (extrait sans alcool)
Une belle façon de conserver les fleurs fraîches pour toute l'année :
1. Couper les fleurs fraîches.
2. Préparer un mélange 50 % glycérine végétale / 50 % eau.
3. Dans un pot Mason, remplir de fleurs coupées, puis recouvrir complètement avec le mélange eau-glycérine.
4. Bien fermer.
5. Brasser au début (chaque jour la première semaine), puis de temps en temps, en t'assurant que les fleurs restent toujours bien immergées.
6. Macérer 4 à 6 semaines.
7. Filtrer avec un coton fromage en pressant bien.
Le miel de tussilage
Une de mes préparations préférées, parce que le miel est lui-même une médecine respiratoire. Faire sécher les fleurs ou les feuilles. Les déposer dans un bon miel. Macérer 3 semaines. Filtrer.
Ce miel se savoure tel quel, à la cuillère, ou s'utilise comme sirop, en ajout aux tisanes, pastilles ou autres sirops maison.
Petit bonus intéressant : il inhibe un facteur impliqué dans les bronchospasmes, ce qui le rend particulièrement utile en soutien lors d'épisodes asthmatiques.
Tisane tonique respiratoire (Inspirée de Rosemary Gladstar)
• 4 parts de graines de fenouil
• 4 parts de cynorrhodons
• 1 part de calendule
• 1 part de molène
• 1 part de tussilage
• 1 part de plantain
Infuser 1 à 2cu. à thé du mélange dans une tasse d'eau chaude, environ 10 minutes. Utile en soutien lors de : rhume, grippe, allergies saisonnières, asthme, infections ORL, congestion.
Sirop pour la toux et la bronchite (Inspiré de mon cours à l'Herbothèque)
• 1 c. à thé racine de guimauve (ou fleurs de mauve)
• 1 c. à thé tussilage
• 1 c. à thé lierre terrestre
• 1 c. à thé plantain
• 1 c. à thé fleurs de sureau
• 1 litre d’eau
Faire bouillir, infuser, filtrer, ajouter du miel pour conserver et adoucir. *Noter qu’il est toujours mieux de faire une infusion froide avec la guimauve, l’ajouter ensuite à vos mélanges pour garder au maximum sa propriété émolliente.
Posologie traditionnelle
1 c. à soupe (15 ml) au besoin. Aux heures au début si toux irritative puis 3–4 fois par jour.
Un usage traditionnel surprenant
Historiquement, les feuilles séchées de tussilage ont aussi été fumées lors de crises d'asthme, souvent en combinaison avec les feuilles de molène.
⚠️ Précautions importantes
Le tussilage contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques, des composés qui peuvent être toxiques pour le foie en cas d'usage prolongé ou inapproprié. La bonne nouvelle, c'est que ces alcaloïdes se dissolvent peu dans l'eau, l'infusion reste donc la préparation la plus sûre.
Cela dit, on évite :
• ❌ pendant la grossesse
• ❌ pendant l'allaitement
• ❌ chez les jeunes enfants
• ❌ en cas de troubles hépatiques
• ❌ en interaction avec des médicaments hépatotoxiques
• ❌ en chimiothérapie
Et on privilégie :
• ✅ un usage ponctuel
• ✅ une durée limitée : 4 à 6 semaines maximum par épisode
Et en cuisine ?
De façon occasionnelle, on peut s'amuser un peu :
• les fleurs et tiges sautées comme de toutes petites asperges
• ajoutées dans une omelette
• pour décorer des desserts
Une utilisation traditionnelle assez surprenante : les feuilles séchées et brûlées donnent une cendre noire au goût légèrement salé et fumé, qu'on a parfois utilisée comme substitut de sel. Joli savoir à transmettre, à utiliser très ponctuellement.
Note de cueilleuse
Première cueillette de l'année. Les petits soleils qui percent la neige. Je m'agenouille, je prends mon temps. Je n'en cueille jamais beaucoup, juste assez. Le reste est pour les abeilles, pour la suite, pour celles et ceux qui passeront après moi.
J'en garde toujours une réserve pour l'hiver. Un sirop, un miel, un glycéré dans un pot ambré. Quelque chose à ouvrir en février, quand le froid nous mord de l’intérieur. Et parfois, simplement, une fleur séchée dans une assiette, un petit rappel que le printemps reviendra bientôt.
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*Chaque personne réagit différemment aux plantes. Les informations partagées ici s’inscrivent dans une démarche éducative, traditionnelle et de vulgarisation en herboristerie. Elles ne remplacent pas un avis médical ou un accompagnement personnalisé. En cas de doute ou de condition particulière, consultez un·e professionnel·le de la santé.