23/05/2016
Ce week-end pluvieux à Shanghai est tombé à pic pour ce spectacle ! Les employés d’un bureau en Catalogne attendent désespérément la pluie. Et nous offrent un spectacle plein de verve, à la fois drôle et grinçant. Une belle performance d’acteurs !
Le monde de l’entreprise, banal et humain… Tout le monde connaît et personne n’a vraiment envie de le retrouver au théâtre… Et pourtant, malgré l’absence d’intrigue et d’enjeu évidents, cette pièce aura su faire rire et toucher le public francophone de Shanghai. Car dans ces personnages, à la fois typés et ordinaires, poussés à bout par le stress, on reconnait forcément nos faiblesses et nos frustrations… D’autant plus qu’ils sont tous magnifiquement interprétés. Bien qu’amateurs (pour deux d’entre eux, Tiphanie Bois et Pierre Henry Laugier, c’est même une première), les acteurs campent tous leur personnage avec force, mais sans tomber pour autant dans la caricature. Un pari d’autant plus difficile que les mots sont forts. Ainsi pas facile pour Stéphanie Stil, la directrice du bureau, de déverser sa lie d’insultes, sans être lourde ni nauséeuse… Mais sous l’énergie du personnage et son excès d’’autorité, l’actrice dévoile la part d’ombre de son personnage, son aveu d’impuissance…
Un humour décapant
Car ce qui résonne en sortant de la pièce, ce sont bien les mots de Sergi Belbel : son humour décapant, ses dialogues percutants. Certes un langage fleuri, ou même très cru, disons-le carrément, mais on se souviendra de certaines tirades : celle du coursier "On aime un cul et tout d’un coup on s’aperçoit qu’il appartient à une fille qui a des yeux..., et ces yeux..." que Nicolas Dijols amène avec une spontanéité nonchalante ; celle du "secret des personnes qui ont du pouvoir" (celui du langage et du regard), déclamée par la secrétaire châtain, Anne-Claire Vu-Egiziano, lisse et impénétrable dans son rôle ; celle du responsable administratif, Pierre Henry Laugier, touchant dans sa banalité, qui "n’en peut plus des femmes fortes" ; celle du programmeur, Raphaël Cœurquetin, nouveau dans la troupe, qui avoue avec simplicité son amour pour sa femme. Sans compter les dialogues entre les deux formidables secrétaires, la blonde, Francesca Cirucina, à la gouaille chantante et attachante, et la rousse, formidable Laurence Linière, « tapée » avec ses théories et qui tombe finalement sous le charme du coursier.
Une mise en scène qui donne du corps
La brochette de comédiens est ainsi un véritable sans-faute ! Raphaël Bonetto, le très jeune metteur en scène, les a sélectionnés avec une grande intuition tant ils incarnent bien leur personnage. On sent une réelle homogénéité et cohésion dans la troupe, ce qui est rare chez les amateurs. L’alternance de scènes resserrées et de scènes collectives, rythmée par Santa Maria, création du groupe Gotan Project, contribue à maintenir la tension.
Bravo donc à la troupe de l’UFE pour cette pièce vibrante de drôlerie et d’humanisme ! Et nous laisserons Laurence Linière conclure "Vive Shanghai, vive le théâtre" et longue vie à la troupe de l’UFE !
La critique de Gaëlle Déchelette : « A peine entrés dans la salle, on entre tout de suite dans le vif du sujet : les acteurs sont déjà sur scène, pour planter le décor. L'air est à l'orage et l'ambiance électrique. Normal, vu que cela fait deux ans qu'il n'a pas plu... Sous nos yeux, les relations de travail, les amitiés, les inimitiés se dévoilent, et avec eux les ragots et les secrets. Les huit personnages ont chacun un caractère bien trempé, et les acteurs, bien qu'amateurs, restent dans leur rôle. Le jeu, la mise en scène donnent un tour très drôle à cette pièce au thème plutôt sinistre. L'énergie des acteurs est communicative et leur gouaille, rafraîchissante.»
Marie-Eve Richet www.lepetitjournal.com/shanghai Lundi 23 mai 2016
http://www.lepetitjournal.com/shanghai/a-voir-a-faire/a-voir-a-faire/247776-apres-la-pluie-troupe-ufe-shanghai