08/06/2026
323ème dimanche du temps extraordinaire
« Un homme, qui vivait en Turquie, entendit parler d’un maître habitant en P***e. Sans hésiter, il vendit tout ce qu’il possédait, prit congé de sa famille et partit en quête de la sagesse.
Après des mois de voyage, il trouva enfin la cabane où vivait le grand maître. Empli de crainte et de respect, il s’en approcha et frappa.
Le maître ouvrit la porte.
« Je viens de Turquie, lui dit l’homme. J’ai fait ce long voyage pour vous poser une seule question. »
Le vieillard le regarda, surpris :
« Très bien. Vous pouvez me poser une seule question.
- Je dois exprimer clairement ce que je vais vous demander. Puis-je poser ma question en turc ?
- Vous le pouvez, répondit le sage. Et j’ai déjà répondu à votre unique question. Ce que vous voulez savoir d’autre, demandez-le à votre cœur, il vous donnera la réponse. »
Et il referma la porte. » Paulo Coelho (Maktub)
« Internet et le voyage, cela ne marchera jamais ! » Voilà ce que déclarait un ancien stratège de notre profession, paix à son âme, au début des années 2000. Rendons à César ce qui appartient à César… A sa décharge, les valeurs internet venaient de s’effondrer en bourse après avoir levé des milliards, et les sites internet de l’époque valaient à peine mieux que le Minitel – pardon pour les plus jeunes, Claude vous expliquera…
Evidemment, l’histoire en a décidé autrement. Internet a investi tous les domaines de la vie quotidienne, faisant de nous des bipèdes ultra-connectés dans un grand village planétaire, livrant ou délivrant nos besoins en quelques clics. En agence de voyages, internet a changé notre monde : il y a vingt ans, certains clients nous demandaient encore de leur livrer par coursier des billets de train. Internet répond parfaitement aux besoins simples : un billet de train, une chambre d’hôtel, un billet d’avion… Et pour ceux qui ont besoin d’un conseil, d’un avis, ou tout simplement de se rassurer, le conseiller voyages est toujours là, dans une agence au coin de votre rue. Il a gagné en productivité et en expertise grâce à internet qui a démultiplié ses sources d’informations. Cela fait vingt-cinq ans qu’on m’annonce la fin de notre métier, et celui-ci ne se porte pas si mal !
Chez Prêt à Partir, nous avons raté le virage de l’internet : notre site est très peu marchand, et ne sert qu’à mettre en contact nos clients et nos conseillers voyages. De ces contacts naissent des ventes, un peu plus d’1% de nos ventes globales. Point de sortie de route effectivement, plutôt l’enracinement dans un modèle de proximité, avec une forte valeur accordée au conseil et à la réassurance, qui garantissent une solide fidélité de nos clients, même si nous ne sommes pas toujours leurs fournisseurs exclusifs. Jusqu’ici, tout va bien…
Une autre révolution est en marche, c’est celle de l’Intelligence Artificielle.
Vendredi matin, je me suis amusé à questionner mon IA en lui indiquant que j’habitais Nancy et que je voulais partir en Namibie. Sans surprise, Copilot ne connaît pas Prêt à Partir. Pour reprendre l’image d’Estelle, la responsable de notre service marketing, point de carotte dans un champ de haricots. Mais la vraie question n’est pas : « Pourquoi mon IA ne connaît-elle pas Prêt à Partir ? » mais plutôt : « Comment faire pour que l’IA nous reconnaisse et nous mette en avant ? » Pour que l’Intelligence Artificielle, quel que soit son nom ou sa forme, devienne un nouveau canal marketing pour faire la promotion de nos équipes et de leur savoir-faire.
Cette révolution est pour nous davantage une opportunité qu’une menace. Car nous ne dépendons pas de Google pour faire nos ventes. Et nous avons payé cela très cher, il y a environ quinze ans. Je vous raconte.
En 2012, je m’inquiétais de l’avenir de notre activité avec la montée de l’internet. Nous avions alors racheté deux agences de voyages sur internet, spécialisées en thalasso. Ce qu’on appelait à l’époque des « pure players ». Ces deux agences réunies réalisaient un volume d’affaires d’environ 12 M€, ce qui nous plaçait parmi les premiers acteurs de la thalasso sur internet. Dès qu’on tapait sur internet le nom d’un établissement de thalasso en France, notre nom remontait sur la première page de Google en référencement naturel, et souvent en première position. A cet excellent référencement naturel s’ajoutait un budget conséquent de référencement payant, qui coûtait environ un tiers de notre marge commerciale. Nos clients avaient l’air fidèle, et l’activité battait son plein. Ce service qui ne vendait que sur la toile comptait une vingtaine de collaborateurs.
Je me suis cru très malin en me disant que nous allions couper, du jour au lendemain, nos dépenses en référencement payant, et stopper le racket de Google. Je croyais naïvement que le référencement naturel et la fidélité de nos clients allaient nous permettre de colossales économies. Mais je n’avais pas prévu que Google réagirait très violemment à l’arrêt de nos dépenses : contrairement à ce que tout le monde pensait à l’époque, référencement payant et référencement naturel étaient intimement liés, et Google qui ne percevait plus notre gabelle nous a purement et simplement éliminés du résultat de ses pages. Du jour au lendemain, le téléphone ne sonnait plus et notre site web était déserté : quelques mois plus t**d, nous procédions au licenciement de la quasi-totalité de l’équipe, pour une activité divisée par dix.
En vous racontant ce dramatique plantage d’entreprise, je pense à tous ceux qui dépendent de Google pour réaliser leurs ventes quotidiennes. L’IA va tuer le moteur de recherche de Google, sans doute à petit feu, lentement et sûrement. J’étais sceptique sur ce sujet il y a encore quelques semaines, mais je réalise depuis que les réponses de l’IA sont beaucoup plus précises et pertinentes que les réponses de Google. L’IA est en train de s’immiscer dans notre quotidien, et beaucoup plus rapidement qu’internet il y a vingt-cinq ans. Nous avons réussi à vivre sans Google, mais le futur n’est pas envisageable sans l’IA. A nous de nous adapter. Bonne semaine à tous !