10/03/2026
“2015 : l’année noire… et l’arrivée de la cavalerie”
2015, c’est l’année noire. La tempête annoncée à la fin de 2014 est bien là, et je ne le sais pas encore, mais je m’engage pour 18 mois d’incapacité temporaire de travail. Il va falloir trouver des solutions et s’adapter.
Après 6 heures d’opération, sous de fortes doses de morphine, les chirurgiens parviennent à “réparer” ma jambe… mais on m’explique que je ne la récupérerai jamais à 100%. Pour moi, le monde s’écroule. Comment me projeter dans une vie sans sport, sans vraie activité physique, alors que tout mon métier repose dessus ? Comment gérer des séminaires en pleine montagne, dans des lieux insolites, l’hiver, avec une jambe brisée ?
Je prends un gros coup de massue. Il faut digérer le choc, et en même temps trouver des solutions. Mon banquier, lui, ne se préoccupe pas de ma situation. À l’hôpital, combien de fois ai‑je entendu : “Vous êtes indépendante ? Alors ce n’est pas un accident du travail.” Je comprends que je vais aussi devoir me battre contre l’administration française.
Très vite, les conséquences tombent : j’annule 70% des séminaires d’entreprise prévus pour l’hiver. Les 30% restants seront assurés par Alain, le nurseur d’huîtres de Bouin, qui connaît bien mon fonctionnement pour m’avoir accompagnée l’hiver précédent. Il prend en charge les ateliers “gestes d’antan” et la coordination des groupes, dès leur arrivée et jusqu'à leur départ. Mais Alain a déjà un métier en Vendée, il ne peut pas être présent à chaque fois. Former quelqu’un “sur le t**d” pour des organisations aussi originales et spécifiques est quasi impossible. Mieux vaut annuler.
Côté locations, les réservations sont au maximum : complet sur toutes les vacances scolaires et tous les week‑ends de janvier. Ma mère fait ce qu’elle peut pour me remplacer sur les horaires difficiles (très tôt le matin, t**d le soir), afin de limiter les heures supplémentaires, car je suis obligée d’embaucher pour me remplacer alors que l’activité ne couvre même pas encore mon salaire. Les séjours sont vendus, je n’ai plus le choix : il faut assurer les arrivées. Au final, je perdrai plus de 40 000 € sur l’année 2015.
L’hiver, je le passe en fauteuil roulant, bloquée dans ma maison entourée de neige. Je dois en plus me battre contre le RSI, cette “maison de fous” qui gérait la sécurité sociale des indépendants à l’époque. Pendant six mois, ils bloquent le peu d’indemnités auquel j’ai droit. Je me bats aussi avec mes assurances professionnelles qui, après trois ans de cotisations, trouvent un prétexte pour ne pas verser d’indemnités de perte de revenus… et me radient. Mon avocat est formel : “Entrer en procédure contre un gros assureur, c’est perdu d’avance, même si vous avez raison.” Je découvre une justice à deux vitesses.
Après la douleur et la tristesse viennent la colère, le sentiment d’injustice, l’incompréhension. La CAF en rajoute une couche et, littéralement, m’achève. Je comprends alors que l’entrepreneur vit dans une jungle où seuls les plus forts s’en sortent. Il va falloir accepter ces injustices, encaisser… et devenir plus forte qu’elles.
Côté activités hivernales, mon accident ayant eu lieu en tout début de saison, j’annule assez facilement toutes les animations, ne conservant que le locatif.
En Vendée, pour l’été, je suis obligée de stopper tout ce qui suppose de marcher beaucoup ou de conduire avec du public : fin des balades estran‑ordinaires, des randonnées autour des ports de Bouin, des observations des oiseaux, des escapades en minibus… Il ne reste que ce que je peux encore gérer avec du renfort : balades en calèche, visites de nurserie d’huîtres, balades contées, marais salant et salicorne. Je perds la plupart des activités qui me rapportent directement, sans prestataires. Mes revenus chutent.
Mais au milieu de cette année noire, un point de lumière : en juin 2015, je retrouve mon ami conteur François Barré.
Pour la petite histoire, nous nous étions rencontrés en février 2003, lors de ma première saison d’hiver d’animation à l’office de tourisme en Savoie. Il faisait partie des prestataires programmés pendant les vacances. Notre “job” à tous les deux : skier la journée sur les pistes et s’arrêter près des touristes pour leur conter de courtes histoires, animer les pistes, partager un peu de poésie dans le froid. Ces animations ont duré deux ans, avec l'été des soirées contes autour du feu… puis nos chemins se sont séparés. Je ne savais même pas qu’il était vendéen.
En 2009, je démissionne et commence à prospecter la Vendée pour y installer mon entreprise. La même année, François quitte la Savoie où il était gardien de refuge et conteur, sous le nom du Colporteur d’histoires, pour revenir dans sa Vendée natale et exercer à plein temps le métier de conteur. Il sillonne la France, avec un pied‑à‑terre à Treize‑Vents, près du Puy du Fou.
C’est en juin 2015 que nos routes se recroisent, grâce à la magie de Facebook. François me démarche en tant que conteur, car il voit que TERRes d’hIsTOIREs propose déjà des balades touristiques contées avec Sylviane et Joëlle. Il ne sait pas que, derrière ce nom, c’est moi. Le marais vendéen l'attire.
On se retrouve par hasard… mais il retrouve une femme handicapée. J’ai quitté mon fauteuil, mais je marche encore avec des béquilles. Et c’est là qu’une nouvelle aventure commence : François devient mes jambes, mon soutien moral, et je deviens son agent artistique.
Pour cette première année, nous essayons de maintenir comme on peut les activités restantes, et surtout, nous commençons à nous organiser pour 2016. C’est assez amusant de voir que François est un Vendéen tombé amoureux des montagnes de Savoie, et que je suis une Savoyarde tombée amoureuse du marais vendéen. Nos chemins ne pouvaient que se recroiser un jour. A présent, le "je" deviendra "nous" !
Pour découvrir 2015 avec la version longue, cliquez ici : https://1drv.ms/w/c/ae77205f728d716f/IQBgTPgGvdtbT4tCeEbjj7tKAbgngq2mF6mQr_2PjNtxZfI?e=ZjbouB