10/09/2026
Hommage à Christopher
Un grand homme nous a quittés.
Christopher était de ces hommes qui ne se contentent pas de rêver leur vie : ils donnent à leurs rêves la force de devenir réalité, et ils entraînent les autres avec eux.
Il avait choisi Châtillon-sur-Indre pour accomplir un rêve d’enfance, celui de devenir, selon ses propres mots, un « gentleman farmer ». C’est à la Gavaudière qu’il avait construit son domaine, mais c’est bien au-delà de ses terres qu’il allait peu à peu construire quelque chose de beaucoup plus grand : des liens entre les hommes.
Dès leur arrivée, Christopher et Julia ont voulu faire pleinement partie de la vie châtillonnaise. Ils participaient aux événements de la ville, allaient à la rencontre de ses habitants, apprenaient notre langue, découvraient nos traditions et jusqu’aux secrets de notre cuisine. Ils n’étaient pas simplement venus vivre en France : ils avaient choisi de vivre avec nous, parmi nous.
Christopher portait en lui une conviction profonde : les frontières ne devaient jamais empêcher les hommes de se rencontrer, de se comprendre et de devenir amis.
Britannique de naissance et Français de cœur, il rêvait de créer un pont entre ses deux pays. Alors, avec cette énergie et cette détermination qui le caractérisaient, il s’est employé à rapprocher les habitants. Grâce à lui, des sapeurs-pompiers, des anciens combattants, des footballeurs, des collégiens châtillonnais ont rencontré leurs homologues britanniques. Derrière chacune de ces rencontres, il y avait la même volonté : faire tomber les barrières, créer des liens et transformer les différences en richesse.
Ses rêves les plus chers devinrent réalité avec la signature des jumelages entre Châtillon-sur-Indre et Hakosvo (Bulgarie) puis Tetbury (Royaume-Uni). Ces jumelages représentaient tellement plus pour lui qu’un accord entre deux villes : il incarnait cette fraternité à laquelle il croyait profondément.
En 2010, les Rencontres européennes virent le jour.
Ce qui n’était encore qu’une formidable intuition allait grandir, année après année. Christopher avait compris avant beaucoup d’autres que l’Europe ne pouvait pas seulement être une idée, des institutions ou des traités. L’Europe devait se vivre. Elle devait permettre aux femmes et aux hommes, et surtout aux jeunes, de se rencontrer, de se connaître et d’apprendre à construire ensemble.
Dix ans plus t**d, pour leur anniversaire, les Rencontres réunissaient les 28 pays de l’Union européenne. Quel chemin parcouru depuis les premières pierres posées par Christopher !
Et puis vint le Brexit.
Pour Christopher, ce ne fut pas seulement une décision politique ou le départ de son pays de l’Union européenne. Ce fut un véritable déchirement. Lui qui avait consacré tant d’énergie à rapprocher la France et le Royaume-Uni, lui qui croyait avec tant de force à une Europe unie par l’amitié entre les peuples, voyait soudain une frontière se dresser là où il avait passé des années à construire des ponts.
C’est la mort dans l’âme qu’il dut finalement quitter cette France qu’il aimait tant et retourner en Grande-Bretagne.
Mais peut-on réellement quitter une terre lorsque l’on y a laissé une part de soi-même ?
Christopher n’a jamais véritablement quitté Châtillon-sur-Indre. Il y avait ses amis, ses souvenirs, tout ce qu’il avait construit et cette formidable aventure européenne qu’il avait contribué à faire naître.
Aujourd’hui, Europe en Berry Touraine poursuit le chemin qu’il avait commencé à tracer. Chaque jeune Européen qui vient à la rencontre d’un autre, chaque amitié qui naît au-delà des frontières, chaque projet qui rapproche nos pays porte encore quelque chose de son rêve.
Christopher nous laisse bien davantage que le souvenir d’un président, d’un bâtisseur ou d’un Européen convaincu.
Il nous laisse une vision : celle d’un monde où l’on va vers l’autre plutôt que de s’en éloigner, où les différences rapprochent au lieu de diviser, où l’amitié peut être plus forte que les frontières.
Il nous laisse aussi une responsabilité : continuer.
Continuer à construire les ponts qu’il avait commencé à bâtir.
Continuer à faire vivre cette Europe des rencontres et de l’amitié à laquelle il croyait tant.
Continuer à transmettre aux jeunes cette conviction que les peuples sont toujours plus forts lorsqu’ils apprennent à se connaître et à s’aimer.
Christopher, tu avais choisi Châtillon-sur-Indre pour y réaliser ton rêve d’enfant.
Sans doute ne savais-tu pas alors que tu allais y faire naître un rêve beaucoup plus grand, un rêve qui continuerait à vivre bien après toi.
Tu es reparti vers ton Angleterre, mais une part de toi est restée ici, pour toujours.
Dans nos souvenirs.
Dans nos cœurs.
Et dans chacune de ces rencontres européennes qui continueront à faire vivre ton idéal.
Merci, Christopher, pour les pierres que tu as posées, pour les ponts que tu as construits et pour le chemin que tu nous as ouvert.
Nous continuerons à le parcourir.