28/04/2026
Chaque année, la semaine de raid à ski marque la fin de la formation des futurs guides. Jean Annequin, formateur à l'ENSA, revient sur cette semaine en Haute Maurienne.
Cette année nous sommes partis en Haute Maurienne. Il y avait l’idée d’aller faire la haute route Uranaise en Suisse. Mais la météo annonçait une perturbation forte arrivant du Nord-Ouest avec des précipitations importantes. Alors nos regards se sont tournés vers le sud.
Cette semaine est importante. Elle clôture la formation des guides pour la partie ski. Elle clôture mais elle ouvre aussi le champs des possibles. Le monde des raids à ski s’offre aux futurs guides, la découverte des massifs lointains, des sommets à ski perdus après des journées d’approche mais aussi les raids sauvages plus proches. Parfois en refuge non gardés… Alors le temps sur la neige est important mais le temps autour de la table le soir quand la lumière baisse quand les paupières rêvent de se fermer est aussi important.
Gérer un raid à ski, c’est comprendre les personnes que l’on emmène et adapter l’errance aux possibilités. La montagne ne se façonne pas mais l’itinéraire oui. Il se modèle aux contraintes et le plaisir de créer cette errance au fil des jours est indéniable. Il y a peu d’activité aussi intense qui donne la possibilité de passer autant de temps immergé en montagne.
J’adore et je vivrais pour ça. Pour ces moments partager, pour ces moment où le regard se laisse emmener au fil des crètes et sommets, pour le plaisir de la découverte, pour le plaisir de glisser vite au fil du relief.
Alors cette semaine, comme chaque année représente à mes yeux beaucoup.
Quand la météo laisse un décors vierge de trace, les yeux et l’esprit invente le cheminement. Pour une première journée il y a cette Dent Parraché qui attirait, mais est-ce pertinent d’entrée de jeux sans avoir pris le temps de comprendre le manteau neigeux, avec une mer de nuage jusqu’à sous le sommet. Il est passionnant de mesurer les envies des futurs guides faces au réalité du métier. S’emballer pour donner envie et à la fois se garder une marge pour l’imprévu. Est-ce que l’idée première ne doit pas être modeste et au fil de la journée se laisser des opportunités plus engageantes ?
Ce cheminement sera notre fonctionnement de la semaine. Partis du ref du plan du lac pour le col de Pierre Blanche le ciel s’ouvrant après la tempête de vent nous avons basculé sur la longue crète de la Sana. Des Evettes la pico Ciamarella attirait nos spatules et plutôt que de basculer sur le ref Gastaldi nous avons préféré rejoindre la selle de l’Albaron pour un peu plus de ski en versant N. Mais la journée n’était pas finie, un tour en versant Ouest après le sommet nous donnais le gout des beaux virages en neige douce. Chaque étape n’était pas contrainte mais réfléchie avec l’option de s’engager ou de renoncer. Les regards croisés, les discussions et l’engagement. Car indéniablement le guide s’engage. Dans ces choix il y a de la responsabilité et de la raison.
Dans le groupe se mêle des talents uniques. Il y a le renard des montagnes. Je ressens que la montagne il ne la lit pas il hume, il la sent. Dans le brouillard, sans carte sans appli sur son téléphone il se faufile avec justesse précision. Pourtant il est grimpeur dans l’âme. Est-ce que la lecture du rocher lui a permis de développer son sens du relief ? Je ne sais pas mais il est sûr que là-haut sur les arêtes il est agile. Il y a celui qui nous a impressionné sur les plus belles courses de ski-alpi. Second à la Pierra Menta cet hiver, il a su troquer son dossard pour être d’une qualité incroyable comme guide. Son sens de la trace, son attention et son efficacité lui permettra de rendre heureux ces compagnons. Et puis il y a celui qui a cheminé au fil des décennies en montagne pour passer le diplôme de guide sur le t**d. Son âge n’est plus une contrainte, elle est une force. Sa maturité s’est façonnée au fil des stages qu’il a encadré et elle le rend aussi attachant que rassurant.
Je reviens une nouvelle fois impressionné par la qualité des nouveaux guides. Ces qualités qui me surprennent ne sont pas technique elles sont à la base humaine et en rapport avec le terrain. Cet hiver j’ai vu beaucoup de questionnement de nos pairs sur la formation. Depuis 25ans ou je participe à cette formation à l’ENSA, j’ai vu des changements majeurs, j’ai vu se mettre en place un cadre de pratique, des outils d’aide à la décision et surtout une prise de conscience sur la responsabilité et le côté raisonnable de notre métier.
Merci à tous. Avec plaisir pour vous retrouver là-haut.
Crédits photo et récit : Jean Annequin