26/09/2025
Visages & Paysages par Bernard Couraud
On parle de nous du Pentadou dans ce très beau livre sur le Chemin. En voici l'extrait:
La pluie a repris, heureusement nous arrivons au gîte qui n'est pas un gîte mais une maison d'hôtes, perchée sur les hauteurs de Felzins. Ces quinze kilomètres m'ont paru une éternité. Le soulagement est réel quand, en attendant les seize heures d'usage, nous avons à notre disposition une grande pièce qui permet de se restaurer et d'effectuer une sieste réparatrice. Je préempte l'un des deux bancs comme couchage. Je mesure ce bien-être dans un total dépouillement. Silence, porte ouverte, pour prolonger la résonance avec la nature, au son de l'écoulement d'une gouttière.
C'est l'heure de l'accueil. Francette apparait dans l’entrebâillement de la porte. Quelques mots d'accueil, des sourires et je lui exprime avec bravade : « tu sais, nous sommes attachants. »
Surprenant comme approche. C'est sorti de mon cœur. Plus loin dans la fin de journée, nous allons faire la connaissance de Gino, le conjoint. Ce couple nous reçoit comme si nous étions des amis venus les visiter pour la soirée.
Une ambiance zen et conviviale dans un petit coin de paradis.
Les chambres décorées avec soin se trouvent dans un bâtiment annexe à celui de l'habitation. Le confort est au rendez-vous, les bibelots et autres détails sont en harmonie et résonance, comme un poème de Guillevic!. C’est mon ressenti.
Temps de pause avant le repas. La douceur du jasmin embaume le jardin de son odeur suave. C'est un refuge, un lieu secret tout en volupté d'où se dégage un esprit de liberté.
Après l'ennui de la pluie, la détente est au rendez-vous sous quelques éclats de soleil. Ce petit grand coin de paradis, du haut de nombreuses terrasses en cascade se laisse admirer. En contrebas, un troupeau de moutons noirs au charme discret. Le paysage se transforme en agora, la mise en scène est remarquable.
Du regard, je vis l'instant, je suis à l'intérieur de ce tableau. Chaque détail dépasse la simple image. Spectateur en immersion, je tente de percevoir les subtilités de cette composition et profite de ce moment unique. Je suis en osmose avec la nature et ses subtilités, de son éclairage. J'ai ressenti ce besoin de m'imprégner de cette atmosphère particulière du lieu. De vivre là et maintenant, sans artifice. Le Chemin creuse mon sillon personnel.
C’est un instant de vie, ce n’est pas toute ma vie. Le bonheur à ce moment, je le touche du doigt et je le respire.
Convives d'un soir, la table se situe à mi-chemin entre la bibliothèque et la cuisine, entre des livres passion et la cuisson.
Accueillir trois pèlerins pour une soirée est une entreprise amicale, du sur-mesure. Ballet dans la préparation du repas, synchronisation et conseils, envolées verbales et mouvements étoilés dans l’organisation des mets. Des épicuriens nos hôtes ! des amateurs éclairés en termes de restauration sous le sceau de la simplicité et d’un enthousiasme communiquant.
Leur histoire a débuté au Nord, tout en haut de la carte de France, plus haut encore. Ils ont investi ce lieu pour dix années avant de se projeter vers un autre projet. Ils y sont bien dans cet univers chaleureux. Leurs voix sont en résonance avec leur vie, animées. Leur complicité fait plaisir à voir.
Pendant le repas, la mélodie italienne est déposée au milieu de la table. Remy et Gino se plaisent à discourir dans la langue de Dante. C'est loin d'être une divine comédie. C'est une connexion inattendue.
Francette et Gino font déjà partie de nos beaux souvenirs. Un couple raffiné à cœur, une image du parfait équilibre sur l'échelle du temps de l'être humain. Julos Beaucarne' a écrit la nécessité de reboiser l'âme humaine. Ce soir nous avons semé de minuscules graines d'humanité et mis en pratique le reboisement des âmes.
Sur mon petit cahier du cœur, à l'encre sympathique, je fixe cette journée de contraste dans un magnifique coucher de sommeil.
Cette mise en scène improvisée autour du repas ne pourra s'effacer, je saurai la retrouver.