17/10/2023
LES FOUS SERONT LÂCHÉS. Jeudi soir, les dingues du Grand Raid partent en diagonale. Une course à part, un rite initiatique pour beaucoup où tout peut basculer très vite, les espoirs rongés par les cailloux et les rêves dégommés par les racines. Il y a d’abord ce départ, celui dont tout le monde parle, celui où tout le monde part trop vite. Les premiers sentiers et les premières danses. Les gamelles. Les chevilles qui se tordent à angle droit dans la nuit fraîche avant la fournaise. Puis vient enfin le jour, les cirques où on évolue sans filet, de toute manière si on entre dans Mafate il faudra bien en sortir. Les genoux demandent grâce, les cuisses veulent s’affaler sur un canapé devant la télé et ne plus bouger, les cerveaux sont cramés par des calculs impossibles. Il faut pourtant avancer, s’accrocher aux arbres et à ses rêves, se frotter le museau sur ces pentes aussi raides que les corps. Puis les assistances qui ressemblent à des repas de famille, les gosses qui tapent dans les mains poussiéreuses et ces genoux qui hurlent désormais tellement forts qu’on doit les museler avec des bandes élastiques. Il faut encore avancer ti pas ti pas, essuyer sur ses joues la sueur et les larmes, discuter en tête à tête avec son cœur et fixer ses démons droit dans les yeux. Le stade est juste là, encore un dernier supplice au paradis et l’herbe accueillera les corps épuisés. Le Grand Raid de La Réunion est bien plus qu’un ultra trail. On y trouve autre chose.
Photo Alexis Berg