13/09/2026
La libellule que vous observez au-dessus de votre mare appartient à l'un des groupes d'insectes les plus anciens et les plus fascinants au monde : les Odonates. La France en compte environ 100 espèces recensées par la SFO (Société française d'Odonatologie). Voici les dix plus emblématiques, avec leurs caractéristiques distinctives et leurs biotopes.
La distinction fondamentale à connaître avant tout : Anisoptères vs Zygoptères. Les Anisoptères (« ailes inégales ») sont les libellules « vraies », au corps robuste et puissant, qui gardent leurs ailes déployées horizontalement lorsqu'elles sont posées. Elles volent avec puissance et rapidité. Les Zygoptères (« ailes égales ») sont les demoiselles, au corps fin et gracile, qui replient leurs ailes le long du corps au repos. Elles volent avec délicatesse et lenteur apparente. Cette différence morphologique est le premier critère d'identification à intégrer.
Les cinq Anisoptères emblématiques.
1. Anax empereur (Anax imperator). La plus grande libellule française et la plus commune. Taille 66-84 mm, envergure 100-110 mm. Mâle : thorax vert éclatant, abdomen bleu ciel avec bande noire médiane. Femelle : thorax vert, abdomen vert-jaunâtre à bleuté selon les individus. Fréquente les étangs, mares et lacs bien ensoleillés en plaine et moyenne altitude. Territoire spectaculaire : le mâle patrouille inlassablement un segment de rive, chassant intrus et rivaux. Cycle larvaire : 2 à 3 ans sous l'eau.
2. Libellule déprimée (Libellula depressa). L'une des plus visibles au printemps. Taille 39-48 mm, corps aplati caractéristique. Mâle : abdomen bleu-poudré avec taches jaunes latérales. Femelle : abdomen jaune-doré. Colonise très rapidement les mares neuves. Souvent la première espèce à s'installer sur un nouveau plan d'eau.
3. Sympétrum sanguin (Sympetrum sanguineum). Petite libellule rouge écarlate emblématique de la fin d'été. Taille 34-36 mm. Mâle : abdomen rouge sang, pattes noires. Femelle : abdomen jaune-brun devenant plus foncé avec l'âge. Fréquente les eaux stagnantes, mares, étangs, souvent à proximité de la végétation dense. Vole t**d en saison (juillet à octobre).
4. Orthétrum réticulé (Orthetrum cancellatum). Espèce très répandue dans les zones ouvertes. Taille 44-50 mm. Mâle mature : abdomen bleu-poudré avec extrémité noire. Femelle : abdomen jaune-brun avec bandes noires longitudinales. Aime les eaux stagnantes ouvertes, gravières, plans d'eau récents. Vol posé et territoriale, souvent perchée sur pierres ou sol nu.
5. Cordulégastre annelé (Cordulegaster boltoni). Grande espèce spectaculaire aux couleurs contrastées. Taille 74-85 mm. Corps noir avec anneaux jaunes vifs sur tout l'abdomen. Ne fréquente pas les mares mais les ruisseaux, torrents et rivières fraîches à courant lent. Espèce indicatrice de qualité des eaux vives.
Les cinq Zygoptères emblématiques.
6. Caloptéryx éclatant (Calopteryx splendens). La plus élégante de nos demoiselles. Taille 45 mm. Mâle : corps métallique bleu-vert, ailes largement teintées de bleu-violet dans leur partie médiane. Femelle : corps vert bronze, ailes ambrées avec tache blanche caractéristique (« pterostigma »). Fréquente les rivières et cours d'eau propres à végétation abondante. Vol papillonnant très caractéristique. Espèce indicatrice de qualité des eaux courantes.
7. Caloptéryx vierge (Calopteryx virgo). Cousine du précédent. Taille 45 mm. Mâle : ailes entièrement colorées bleu-violet foncé (vs partiellement chez le précédent). Femelle similaire au splendens. Préfère les eaux plus fraîches et ombragées, souvent en tête de bassin.
8. Agrion jouvencelle (Coenagrion puella). L'une des demoiselles les plus communes. Taille 33 mm. Mâle : corps bleu ciel avec bandes noires (motif « en U »). Femelle : corps vert-noir prédominant. Fréquente toutes eaux stagnantes ou à faible courant, mares de jardin, étangs. Souvent la première demoiselle observée dans un nouveau bassin de biodiversité.
9. Agrion élégant (Ischnura elegans). Petite demoiselle très fréquente. Taille 31 mm. Mâle : abdomen essentiellement noir avec segment 8 bleu vif (pastille caractéristique). Femelle : variations chromatiques nombreuses (rose, bleue, verte). Colonisatrice précoce des nouveaux plans d'eau.
10. Leste vert (Lestes viridis). Demoiselle qui reste souvent les ailes à demi-écartées au repos (position intermédiaire caractéristique). Taille 39-48 mm. Corps entièrement vert métallique. Fréquente les mares végétalisées avec beaucoup d'émergentes. Souvent perché sur les tiges de joncs.
Les autres familles à mentionner brièvement. Les Aeschnidae (Aeshna) : grandes libellules crépusculaires, dont l'Aeschne bleue (Aeshna cyanea) très commune dans les jardins et l'Aeschne mixte (Aeshna mixta). Les Gomphidae (Gomphus) : moyennes à grandes libellules aux yeux écartés (contrairement aux autres Anisoptères qui les ont jointifs), fréquemment le Gomphe gentil (Gomphus pulchellus) dans les eaux stagnantes. Les Leucorrhines (Leucorrhinia) : petites libellules à front blanc caractéristique, spécialistes des tourbières et zones humides fraîches, plusieurs espèces menacées et protégées.
Les libellules comme bioindicateurs. La présence d'espèces exigeantes dans un plan d'eau signale une qualité écologique élevée : caloptéryx et cordulégastre pour les eaux courantes propres, leucorrhines pour les tourbières et eaux acides, gomphes pour les grandes rivières. À l'inverse, une mare colonisée uniquement par les espèces généralistes (Anax, Libellula depressa, Coenagrion puella, Ischnura elegans) indique un milieu récent ou moyennement diversifié. La SFO coordonne l'atlas national des Odonates et propose des enquêtes citoyennes sur odonates.pnaopie.fr pour contribuer à la surveillance des populations françaises.
Un observateur attentif dans un jardin ou un parc français peut identifier 5 à 10 espèces différentes de libellules et demoiselles au fil d'une saison estivale, à condition de prendre le temps. Cette diversité est un excellent indicateur de la santé écologique de votre plan d'eau et des zones humides environnantes.
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