24/08/2020
Aujourd'hui, je vous propose d'observer un détail singulier de la cathédrale de Rouen. Sur le registre inférieur du tympan du portail Saint-Jean se trouve cet étonnant groupe sculpté en haut relief et ronde-bosse que l'on date du XIIe siècle.
Cette œuvre constitue certainement le point de départ de la véritable fièvre "Salomique" qui envahit littérature et les arts à partir des années 1840. Gustave Flaubert, lui-même connaissant très bien ce tympan, a joué un rôle majeur dans la diffusion de la danse de Salomé avec son "Herodias" tirée des "Trois Contes".
Ici, on retrouve sur la gauche une tablée du festin d'Hérode, sur la droite, Saint Jean Baptiste sur le point d'être exécuté dans sa citerne, et au centre la "danse meurtrière" de la princesse de Judée qui remet ensuite à sa mère, la tête du supplicié à sa mère.
En 1877, Flaubert décrit la chorégraphie qu'Oscar Wilde nommera "danse des sept voiles" en ces termes précis :
Elle se renversait de tous les côtés, pareille à une fleur que la tempête agite. [...] Sans fléchir ses genoux en écartant les jambes, elle se courba si bien que son menton frôlait le plancher. [...] Elle se jeta sur les mains, les talons en l'air, parcourut ainsi l'estrade comme un grand scarabée ; et s'arrêta brusquement. Sa nuque et ses vertèbres faisaient un angle droit.
Intéressant, non ? Pour ma part, c'est en tant que promoteur de son patrimoine médiéval local que ce bon Gustave lance la carrière de la femme fatale préférée des symbolistes et décadents fin-de-siècle et bien plus encore...