14/01/2021
Jeudi - Personnage
Sequoyah est un amérindien né vers 1770, supposément à Tuskegee (Alabama), fils d'un métis et d'une membre de l'élite de la nation Cherokee. Faisant partie des "Cinq Tribus Civilisées", les Cherokees ont adopté de nombreux aspects du mode de vie européen (vêtement, maisons en brique, possession de plantations et d'esclaves...), ce qui n'empêche pas le déferlement de colons blancs qui repoussent vers l'Ouest les nations amérindiennes.
En 1809, Sequoyah est établi comme orfèvre dans la Wilis Valley et tombe un jour sur une imprimerie exploitée par des colons blancs. Impressionné par l'utilisation de l'écriture et des caractères, il se lance dans la création d'un système d'écriture pour la langue cherokee, qui repose alors sur la transmission orale.
Il pense d'abord créer un caractère pour chaque mot (idéogrammes) avant de s'orienter vers un alphabet syllabaire (comme en coréen). Certains caractères viennent de l'alphabet latin mais n'ont aucun lien avec leur prononciation européenne. D'autres sont crées ex nihilo, pour un total de 86 caractères.
La seule personne à qui Séquoyah peut enseigner son alphabet est Ayokeh, sa fille de six ans. La plupart de son entourage y voit sorcellerie, son épouse brûlant même ses premiers travaux. Les Cherokees de l'est (Alabama) lui opposant un refus catégorique, il doit se rendre dans l'Arkansas pour présenter son système aux Cherokees de l'ouest.
Il réussit à convaincre les chefs locaux de l'utilité de son syllabaire par une démonstration, en notant leurs mots et en les faisants lire par sa fille. Les Cherokees de l'ouest se mettent à l'apprentissage de l'écriture. Sequoyah peut ainsi rentrer en Alabama muni de lettres des chefs de l'Arkansas et convainc les Cherokees de l'est de l'utilité d'un alphabet.
En 1825, la nation Cherokee adopte officiellement l'alphabet de Sequoyah et fait mettre ses lois par écrit. L'aide de missionnaires permet l'édition du Cherokee Phoenix, journal bilingue, entre 1828 et 1834. En 1828, Sequoyah fait partie d'une délégation à Washington pour négocier un traité avec le gouvernement américain, à l'occasion de laquelle Charles Bird King peint son portrait. Sequoyah consacrera ensuite le reste de sa vie à tenter de résister à l'extinction de la culture cherokee.
En effet, l'arrivée des colons Blanc ne cesse de s'intensifier et repousse les nations amérindiennes vers l'Ouest. L'Alabama a ainsi vu sa population multipliée par douze entre 1810 et 1820. Les ruées vers l'or et le coton poussent les Etats et le gouvernement fédéral à vendre et concéder les terres indiennes.
Les Cherokees se divisent entre ceux qui souhaitent refuser en bloc l'installation des colons et ceux qui considèrent leur arrivée comme inéluctable en raison de la disproportion démographique entre les quelques dizaines de milliers d'amérindiens face à une population états-unienne qui dépasse 10 millions en 1820 et augmente rapidement sous l'effet de l'immigration.
Les représentants de la faction résignée signent un traité échangeant les terres cherokees à l'est du Mississippi contre la garantie de terres à l'ouest et une indemnisation financière. Les autorités américains ignoreront sa validité douteuse et la plupart des contreparties dues aux amérindiens.
C'est ainsi que la plupart des Cherokees de l'est sont déportés vers le Territoire Indien dans l'actuel Oklahoma le long de la tristement célèbre Piste des Larmes. Une énorme partie des Cherokees meurt de la maltraitance de l'armée fédérale, et les survivants sont installés dans des terres peu hospitalières. Les luttes entre factions tournent aux assassinats entre chefs, qui ne se pardonnent pas les attitudes passées.
C'est ainsi en Oklahoma que Sequoyah passe les dernières années de sa vie, dans une cabane encore préservée. Jusqu'à sa mort en 1844, il tente de rétablir la concorde entre les Cherokees et d'aider les nations amérindiennes à mettre leur culture par écrit.
En hommage à sa stature et sa persistance, le botaniste Stephen Endlicher donnera le nom de "Séquoia" à un type d'arbre particulièrement haut. Plus de soixante ans après sa mort, lorsqu'il devient question de constituer en Etat le Territoire indien, les représentants des Cinq Nations proposent le nom d'Etat de Sequoyah. Le Territoire Indien est cependant intégré dans le nouvel Etat de l'Oklahoma.