27/03/2026
LA PATIENCE
La patience avec les chevaux, c’est un sport de haut niveau. Pas reconnu aux JO, mais clairement sous-coté niveau cardio émotionnel.
Parce qu’il faut en avoir de la patience, quand ton cheval décide que ce caillou, posé là depuis l’époque où Napoléon se baladait encore en layette est soudainement devenue une menace au point de justifier un écart digne d'une mine antipersonnel.
Toi, à côté ( ou perché dessus), tu inspires profondément , tu te reconnectes à ton chakra en te répétant “reste calme sinon tu vas faire des bêtises ,ou pire : dire des gros mots ! ”.
Tu murmures intérieurement des phrases pleines de sagesse du style :
"Il ne comprend pas…”
“Il a peur…”
“C’est moi qui dois être juste…”
" La peur ne se sanctionne pas " ou " un cheval ne sait pas mimer des émotions".
Pendant que tu récites tes mantras, ton cerveau te propose gentiment des solutions alternatives : vendre le cheval, déménager en ville, lui proposer une nouvelle carrière chez findus ....
Et pendant que tu réévalue tes grands principes pédagogiques , le poney du champ d'a côté traverse la clôture sous tes yeux. Sans pression.
L'air de dire “tiens, si j’allais voir de l’autre côté, ça a l’air sympa par là bas ”.
Alors tu respires plus profondément encore et tu relativises.
Tu te dis que la colère est contre-productive, que ça ne sert à rien, que ça abîme la relation, que le cheval ne peut pas comprendre certaines réactions humaines…et que si t'es réactions ne sont pas prévisibles et cohérentes , il finira par les appréhender et par perdre sa confiance en toi.
Et puis, soyons honnêtes deux minutes… la patience, ce n’est pas unilatéral.
Les chevaux pourraient eux aussi écrire un bouquin intitulé : “Survivre à son humain sans devenir neurasthénique”.
Il faut en avoir, de la patience, pour trotter en rond pendant 45 minutes autour du même plot… sans jamais atteindre l’objectif final qui est pourtant évident :
engager le postérieur sous la masse , alléger l'épaule interne en s'incurvant à gauche.
On leur demande de rester immobile pendant qu’on ajuste un tapis, un amortisseur, une selle, un couvre-reins, un bonnet, ou même des bandes.
Sans oublier ces moments de grâce où on leur demande de passer dans une flaque d’eau suspecte, alors qu'on serait les premiers à la contourner en relevant le pantalon comme des princesses.
Alors oui… quand on voit tout ce qu’ils encaissent avec un flegme presque vexant on peut se dire qu’on leur doit bien, de temps en temps, un peu de tolérance.
Pourtant des fois , il arrive que le disjoncteur saute.
Hier, par exemple :
J'étais en train de fermer le portail metalique du champ des poulains.
Maje , 3 ans , grand maître de la connerie, le pousse ...
Un échange simple , une conversation silencieuse s'installe entre nous
— Je ferme
— il pousse
— Je referme.
— Il re-pousse
On était pas loin d'inspirer l'écriture d'une pièce de théâtre contemporaine.
J'étais fatiguée, pressée de rentrer au chaud.
Et là… un petit court circuit dans le cerveau.
Pas un grand craquage dramatique avec violons et remise en question existentielle.
Juste un petit bug localisé entre le cortex préfrontal et le lobe occipital.
Un coup de longe sur la tronche.
Pas violent , ps éducatif non plus, soyons honnêtes mais… libérateur.
Et j’avoue…
Des fois ça fait du bien par où ça passe !
Après tout, dans une autre vie, s’il avait testé une clôture électrique, ça aurait aussi envoyé un message assez clair. Juste un peu plus… électrisant.
Résultat ma fille ainée me balance d'un air desamorobateur " c'était vraiment nécessaire, ça ?"
( Question retorique... Ne jamais répondre à ce type de question, c'est un piège ).
Maje lui est parti en coup de cul dans son champ, enchaînant les bonds comme un popcorn dans le Mirco onde , avec ses copains qui suivent derrière, pendant près de 15 minutes.
Donnant l'impression qu’il a pris ça comme une invitation à la fête.
Comme quoi, on dramatise souvent plus qu’eux 🤷
Alors même si on a tous nos petits moments de saturation , avec le temps on apprend.
On apprend à respirer avant d’exploser.
À ne plus voir du manque de respect là où il y a juste de la peur, de l’incompréhension, ou parfois… une créativité débordante dans l’art de nous faire c***r.
On apprend aussi que la patience, ce n’est pas être parfait.
C’est juste réussir à rester calme…
un peu plus longtemps que la veille.
Et accepter que parfois, entre deux grandes théories sur le comportement équin…
il y ait un petit coup de longe qui s’échappe.