08/03/2026
LE CAVALIER D'EXTÉRIEUR
Il y a les cavaliers de carrière.
Ceux qui se reperent avec des lettres blanches sur un sol hersé au cordeau devant le regard d'un juge qui tousse quand le cercle n’est pas parfaitement rond.
( Oui je me moque...mais j'ai le droit puisque je fais parti de ceux là)
Et puis il y a les cavaliers d’extérieur.
Ceux qui savent que le sol peut être mou, dur, glissant, bosselé, en pente, en devers… et parfois tout ça sur une longueur total d'à peine 20m.
Bienvenue dans le monde fabuleux de l'equitation d'exterieur.
Là où le cheval fait ce pour quoi il a été conçu.
On entend parfois dire que la randonnée est une discipline de retraité mais etrangement , ce genre de remarques sortent souvent de la bouche de gens qui n'ont jamais eu à faire 5 heures de rando. Même le cavalier le plus entraîné à ses adducteurs qui hurlent la Marseillaise à l’envers une fois rentré, les lombaires qui font grève et l' entrejambe classée zone sinistrée pendant minimum 72h.
Chaque printemps je me rappelle douloureusement qu'une simple balade au pas soutenue sur 20km , peut suffir a te faire marcher en canard quelques jours.
L’extérieur, c’est le crash-test du couple cavalier/cheval..
La balade consolide la confiance , elle implique une certaine gestion de l’émotion et une bonne lecture du terrain ( et des cartes... Si tu veux dormir dans un lit le soir ).
votre cheval sent votre peur à 800 mètres. Si vous serrez les fesses comme si vous y cachiez un secret d’État, il va très vite vous faire vivre vos angoisses pour de vrai.
On découvre que son cheval est bien plus qu'un exécutant de figures géométriques dans un bac a sable ( ça me coûte de dire ça hein ...je suis une cavaliere de dressage ).
Votre cheval devient un partenaire qui analyse, anticipe, doute parfois… et peut être amené a prendre des décisions absurdes, comme faire un écart devant une souche couché là depuis 1998.
C'est en extérieur qu'on valide la patience, l’autonomie et la communication silencieuse.
Je pratique et j’admire le CSO , le CCE et le dressage ( en fait non...pas le CSO ...mais tout le reste c'est ok )
Mais l'exterieur c’est un peu la salle de fitness du cavalier de bac a sable.
Le dénivelé muscle le dos mieux que trois transitions trot-arrêt , les terrains variés développent proprioception et équilibre et les longues sorties renforce le moral.
... Et en carrière c'est quand même bien pratique. Reconnaissons le.
Sauf que l'extérieur peut aussi être source d'angoisses (parce qu’on n’est pas des héros)
Sortir en extérieur, c’est accepter que :
Les tracteurs circulent sur la voie publique
Les vélos surgiront de nul part.
Les sangliers n’auront aucun respect pour votre programme et les ponts en bois grinceront avec un sadisme assumé.
Sauf que même si vous vous n'avez peur d'aucune de ces choses , vous vous angoissez de l’angoisse hypothétique de votre cheval, puis vous vous angoissez de votre propre angoisse, ce qui angoisse le cheval qui n’était pas angoissé au départ, et cette angoisse nouvelle nourrit son angoisse initiale, jusqu’à ce que l’angoisse de l’un devienne la source de l’angoisse de l’autre ....
Spéciale dédicace aux cavaliers des villes qui ont appris a monter dans des clubs ou les sorties en extérieur n'était pas possible ou alors aussi rares qu'anxiogenes.
Moi qui ai appris a monter à Paris , chaque sortie en extérieur en groupe a fini en accident, entre les chutes en chaîne et les chevaux renversé par des voitures ou poursuivit par un bus sur une 4 voie ... C'était systématique, pourtant nous étions attenant a une belle forêt. Sur le papier c'était l'idéal ... Mais non. C'était trop rares pour que les chevaux et les cavaliers puissent sortir sans dangers.
Arrivée en campagne il m'a fallut quelques heures en extérieur pour accepter de lâcher un peu mes rênes et faire confiance a ma monture. Il s'agissait d'apprendre une autre équitation.
Et puis il y a la météo.
Le vent qui transforme une bâche agricole en créature mythologique
La pluie qui rend le chemin plus glissant qu’un parquet fraîchement ciré.
On apprend l’humilité , certaines règles de sécurité et on développe son sens de l'orientation et de l'organisation.
Et pour mettre tous ces talents a l'épreuve il existe le TREC ( comprenez : technique de randonnée équestre en compétition ). Discipline qui a le pouvoir délicieux de redistribuer les cartes ( au sens propre et figuré).
Je me souviens de ces concours en club ou les cavaliers en pension sur places , sortis plus souvent CSO ou en dressage qu'en extérieur , s'engageaient sur les trec organisés par leur club " je sais dérouler une St Georges ou me qualifier sur une 140...le trec ça sera une promenade de santé "
Assis sur leurs montures , fières comme des paons sur leur machines de précision , habitués a gérer des trajectoires au millimètre sur des chevaux piaffant comme des horloges suisses.
Jusqu'à ce qu'arrive … l’épreuve de l’immobilité.
Et là.
Le cheval qui tient un arrêt carré se transforme soudainement une girouette quand il voit son cavalier descendre et sortir du cercle dans lequel il est sensé rester immobile ( a merde...on avait pas anticipé ça )
Et la porte.
La fameuse porte.
Tenir la poignée , ouvrir sans lâcher , refermer sans tout abandonner....
On découvre alors que le cheval peut sauter 1m30 sans savoir pousser une barrière... Et je pourrais aussi vous parler du gué, du fossé ou du montoir a droite...
Moments d’une poésie rare.
Ce qui m’amuse moins, c’est la dégradation technique que j’observe dans cette discipline ou aucun niveau n'est exigé pour sortir en compétition amateur.
Les Slalom au galop compliqué même pour les cavaliers engagés en amateur 1...car on peut sortir en trec avec un bagage technique parfois fragile... Sans vraie exigence de galop.
Le TREC devrait être une vitrine de finesse, de contrôle, de disponibilité ... C'était il y a le cas il y a 20 ans en tout cas ( ça y est , je deviens une vieille bique aigrie ... Je commence doucement a souffrir du syndrome du Cetémieuhavant ).
je continuerai tout de meme à défendre l’extérieur
Parce qu’il remet tout à sa place.
Il révèle le mental, solidifie la relation et expose les failles… ean permettant de les travailler.
Un couple qui sort régulièrement en extérieur revient en carrière avec :
plus de sérénité, d’endurance et de liant
Et surtout, moins d’ego.
L’extérieur ne ment pas.
Juste un cheval et un humain sur un chemin et parfois un sanglier ou un cycliste pour pimenter la séance ...( quand c'est pas un conn*** d'automobiliste ).
Si le CSO est une chorégraphie et le dressage une partition,
la balade est un roman d’aventure.
Et honnêtement…
on ne progresse jamais autant que quand on accepte de quitter le rectangle.