03/06/2026
Des graines et des boutures
Depuis leur création par Jack Lang, le château de Mongenan participe régulièrement aux Rendez-vous aux jardins en proposant gratuitement à ses visiteurs des boutures de rosiers anciens et des graines rares introuvables en jardineries. C'est une manière de renouer avec la tradition du XVIII° siècle, époque à laquelle les semences étaient rares et chères car de nombreux légumes n'étaient pas encore introduits ou consommés en Europe -tomates, pommes de terre, aubergines - et où les différentes variétés de fruits, créées par La Quintinie à la demande de Louis XIV qui en raffolaient faisaient l'objet d'un véritable marché noir entre les différentes maisons nobles qui possédaient toutes un jardin vivrier.
Antoine de Gascq, qui fit construire Mongenan en 1736, avait créé un orchestre fameux, l'Académie des Lyriques, dont les premiers pupitres de violon et violoncelle étaient tenus par les frères Sarraut, magistrats comme lui, passionnés de facture musicale et grands amis de Montesquieu. En 1737, Sarraut de Boynet, le violoniste, fit savoir à Antoine de Gascq qu'il ne pouvait plus assumer la charge de l"Académie. Le président chercha à le remplacer, à Bordeaux, à Toulouse, et, ne trouvant personne s'dressa à une de ses amies parisiennes, la Princesse de Savoie Carignan, mère de la future Mme de Lamballe. Celle-ci lui signala un jeune citoyen de Genève, violoniste, compositeur, protestant, en rupture de ban, qui venait d'arriver à Paris et se prétendait le propagandiste de théories contestées d'un autre religionnaire un certain Linné , qui venait de publier un livre dans lequel il prétendait que les plantes étaient sexuées et avaient vingt quatre manières différentes de se reproduire, ce qui choquait profondément Mgr de Beaumont, Archevêque de Paris, d'autant plus que Linné, dans sa préface, prétendait que certaines variétés végétales étaient le fruit de relations conte-nature ou d'incestes. Rousseau refusa de venir s'enterrer à Bordeaux, mais discuta botanique avec Gascq ,en lui exprimant que les jardins, tels qu'on les dessinait à l'époque,ne pouvaient faire le bonheur des plantes. Il lui proposa de faire un jardin totalement nouveau dans sa structure où les plantes pourraient vivre en bonne intelligence et en démocratie.
Antoine de Gascq accepta. Ainsi naquirent les trois jardins de Mongenan qui conservèrent de la conception baroque la division en trois parties, jardin pour l'ornement, jardin pour l'agrément et jardin d’utilité, ordonnés autour d'un axe central en terrasses successives, qui représentait symboliquement le corps du propriétaire, son visage,ses entrailles et ses membres.
Ce dessin fut toujours conservés avec les plantes que Rousseau avait préconisées et qui font l'objet des distributions annuelle : Roses trémières qui servaient à corriger les vins de petite couleur, pastel, saponaire pour la lessive, rhue officinale, indigo, poirier mouille bouche, fraises capron français, chicorée, panais, topinambours, groseille à maquereau, cannas de Jussieu, népéta pour le bonheur des chats, néfliers, cognassiers, oliviers, grenadiers etc...
Seul manque à l'appel un des plus vieux cèdres de France qui dominait la maison depuis le jardin pour l'agrément et que la grande tempête de 1999 a abattu. Deux tentatives de remplacement ont eu lieu, infructueuses, car le sol est épuisé par deux siècles et demi de cèdre gourmand.
En revanche, le jardin pour l'agrément vit arriver sous Louis XVI des végétaux lointains, glycine, venue du Japon, ginkobiloba,Chimonanthus praecox, venu de Chine, oranger des osages venu d'Amérique comme le plaqueminier de Virginie, les magnolias, l’anacardier, l'arbre à franges, le sassafras, le tout soigneusement acclimaté comme le furent patiemment les rosiers qui bordent le vignoble au grand déplaisir de ceux qui le cultivent. Mme de Parabère, Mme de Grossouvre, centenaire de Lourdes, Cardinal de Richelieu, Blush noisette,candeur lyonnaise, rejoignent pour la distribution Albéric Barbier, Paul and Scarlett climber, Gylislaine de Féligonde et autres Dorothy Perkins.
Pour les Rendez-vous aux jardins, la visite des trois jardins est confiée au SIGM, Savoirs et Images en Graves de Montesquieu. Christiane Espeut explique la symbolique des jardins, leur aptitude à rendre l'immeuble transparent, tandis que la botaniste Nicole Puisné commente inlassablement les plantes, leur rattache des anecdotes et donne des conseils de culture.
Naturellement, on peut, à cette occasion; admirer le fameux herbier de Rousseau, inventaire du jardin en 137 planches et se faire expliquer tout ce qu'il faut savoir sur la classification linnéenne en l'honneur de laquelle un pistachier, arbre le plus sexué au monde, empêche presque l'entrée dans la salle des herbiers tant il est furieux depuis deux siècles de n'avoir pas encore trouvé dans le voisinage de pistachière à son goût.
Ouvert de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h les samedi et dimanche 6 et 7 juin 2026, graines et boutures gratuites naturellement. Visite commentée du musée et des jardins; Entrée 10 €, gratuite jusqu'à 12 ans.