16/08/2026
🏍️ Quand Ganges et Montpellier participaient à la naissance de Motobécane et de la mythique Mobylette
On l’a peut-être oublié, mais l’histoire de l’un des plus grands noms français du deux-roues possède de solides racines dans l’Hérault.
Cette histoire est celle de Charles Benoît, lié à Ganges, et de son neveu Éric Jaulmes, né à Montpellier le 27 juin 1913. Deux hommes qui vont participer à une extraordinaire aventure industrielle française : Motobécane, puis la célèbre Mobylette.
Tout commence au début des années 1920.
Charles Benoît et Abel Bardin travaillent alors dans le domaine de la mécanique et s’intéressent aux petits moteurs susceptibles de motoriser les bicyclettes. Avec l’appui technique et financier de Jules Bénézech, ils se lancent dans la construction d’une motocyclette qui doit être simple, robuste et surtout accessible financièrement.
La marque Motobécane est déposée en mars 1923 et les premiers ateliers s’installent à Pantin, près de Paris.
Le premier grand succès est la MB1, une petite motocyclette équipée d’un moteur deux-temps de 175 cm³. Simple et relativement économique, elle correspond parfaitement aux besoins de l’époque.
L’entreprise prend rapidement de l’ampleur.
Dans les années suivantes apparaissent de nouveaux modèles et une seconde marque, Motoconfort. Motobécane devient progressivement l’un des grands constructeurs français de motos.
Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que l’histoire va prendre une dimension exceptionnelle.
Entre alors en scène un autre Héraultais : Éric Jaulmes.
Né à Montpellier en 1913, ingénieur diplômé de l’Institut électrotechnique de Grenoble, il rejoint Motobécane et en devient directeur technique en 1941.
Éric Jaulmes est le neveu de Charles Benoît.
Dans la France de l’après-guerre, le besoin est immense : il faut pouvoir se déplacer pour aller travailler sans disposer des moyens nécessaires à l’achat d’une automobile ou même d’une véritable motocyclette.
L’idée est brillante : créer un engin intermédiaire entre la bicyclette et la moto.
Il doit être léger, économique, fiable, facile à conduire et peu gourmand en carburant.
En 1949 apparaît la Motobécane AV3.
La Mobylette est née.
L’AV3 ne pèse qu’environ 28 kg. Son petit moteur de moins de 50 cm³ lui permet d’atteindre environ 30 km/h avec une consommation annoncée proche de 1,2 litre aux 100 km.
Aujourd’hui ces performances paraissent modestes. À l’époque, elles représentent une petite révolution.
La Mobylette permet à des millions de Français d’aller travailler, de rejoindre une ville voisine, de faire leurs courses ou simplement de gagner une liberté de déplacement jusque-là inaccessible.
Et son nom connaîtra un destin extraordinaire.
« Mobylette » est à l’origine une marque commerciale Motobécane. Mais son succès sera tel que le mot entrera dans le langage courant pour désigner pratiquement tous les cyclomoteurs.
Viendront ensuite des modèles devenus mythiques, notamment la fameuse AV88, que tout le monde ou presque appellera simplement « la Bleue ».
Pour plusieurs générations de Français, la Mobylette sera bien davantage qu’une machine.
Elle sera souvent le premier véhicule.
Le premier moteur que l’on démonte.
La première bougie que l’on nettoie.
Le premier carburateur que l’on règle.
Et surtout les premières escapades et les premiers kilomètres de liberté.
Motobécane deviendra ainsi l’un des grands noms de l’industrie française du deux-roues avant de connaître les difficultés qui conduiront, dans les années 1980, à la naissance de MBK, puis à son intégration dans le groupe Yamaha.
Mais l’histoire n’a pas disparu.
À Ganges, la mémoire de Charles Benoît reste aujourd’hui bien présente.
Le jardin public situé près des Halles porte son nom et accueille une sculpture de l’artiste Arnaud Labarge, réalisée à partir de matériaux et de pièces Motobécane en hommage à cette aventure industrielle.
Ainsi, derrière une machine que l’on associe aux rues de Paris, aux ouvriers des années 1950, aux campagnes françaises et aux adolescents des années 1960 et 1970, on retrouve aussi un petit morceau de notre histoire héraultaise.
Ganges avec Charles Benoît.
Montpellier avec Éric Jaulmes.
Pantin avec les usines Motobécane.
Et au bout de cette histoire : des millions de Mobylettes et un nom entré dans la mémoire collective française.
Une belle page d’histoire industrielle, mécanique et populaire qui mérite d’être rappelée dans l’Hérault.
Car avant les scooters électriques et les mobilités dites « nouvelles », la France avait déjà inventé un extraordinaire outil de mobilité individuelle : 30 kg de mécanique, à peine plus d’un litre d’essence aux 100 km… et beaucoup de liberté.