20/08/2026
𝗩𝗼𝘂𝘀 𝗲𝗻 𝗮𝘃𝗲𝘇 𝗳𝗼𝗿𝗰𝗲́𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗰𝗿𝗼𝗶𝘀𝗲́ 𝘂𝗻𝗲 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝘀𝗮𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗰'𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘁.
Une petite bâtisse en pierre, un 𝗰𝗹𝗼𝗰𝗵𝗲𝘁𝗼𝗻 𝘀𝘂𝗿𝗺𝗼𝗻𝘁𝗲́ 𝗱'𝘂𝗻𝗲 𝗰𝗿𝗼𝗶𝘅, souvent au centre du hameau. Pas une chapelle, pas une école, pas tout à fait une maison ordinaire non plus. En Haute-Loire, on appelait ça une 𝗺𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻 𝗱'𝗮𝘀𝘀𝗲𝗺𝗯𝗹𝗲́𝗲, ou maison de béate. Et il en reste dans presque tous les villages et hameaux du département.
L'histoire commence en 𝟭𝟲𝟳𝟬, au Puy-en-Velay, sous l'impulsion d'𝗔𝗻𝗻𝗲-𝗠𝗮𝗿𝗶𝗲 𝗠𝗮𝗿𝘁𝗲𝗹. Des jeunes femmes sont formées par des religieuses pour partir s'installer dans les hameaux les plus reculés du département. On les appellera les béates. Leur mission : enseigner le catéchisme, apprendre à lire et à écrire aux enfants, transmettre l'art de la dentelle au carreau le soir aux jeunes fermières, et parfois soigner les malades.
Pour les accueillir, les villageois construisaient eux-mêmes l'assemblée, et s'engageaient à les nourrir. Vers 𝟭𝟴𝟴𝟬, on comptait près de 𝟵𝟬𝟬 𝗯𝗲́𝗮𝘁𝗲𝘀 en Haute-Loire. Une institution qui n'a existé quasiment nulle part ailleurs en France.
Les lois Jules Ferry de 𝟭𝟴𝟴𝟭 leur retirent le droit d'enseigner. Le déclin s'amorce. La dernière béate de Haute-Loire s'éteint dans les 𝗮𝗻𝗻𝗲́𝗲𝘀 𝟭𝟵𝟲𝟬.
Leurs maisons, elles, sont toujours là. Certaines ont été transformées en musées ou en gîtes, comme celle de 𝗣𝗼𝘂𝘇𝗼𝗹𝘀 à Saint-Jeures, construite en 1845, murs de granit et toit de lauze, ou celle de 𝗟𝗮 𝗩𝗮𝗰𝗵𝗲𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲 aux Estables, devenue écomusée. D'autres sont restées dans leur jus, à l'abandon ou presque, attendant qu'on les remarque.
La prochaine fois que vous passez dans un hameau de Haute-Loire, levez les yeux. Le clocheton est souvent encore là.
© image illustration / Daniel Giffard