09/06/2026
Avec la belle saison revient ce qu'on appelait, au Moyen Âge, le temps des joutes et des tournois ! Qu'il s'agisse de la joute mêlée, de la quintaine ou du béhourd, les chevaliers d'autrefois s'adonnaient à ce qu'on appelait, en vieux français les "desports", un mot duquel sera tiré l'actuel mot "sport"...
De toutes ces joutes et de tous ces tournois, il en est un qui nous est particulièrement bien renseigné. Et c'est en Lorraine, près de Montmédy, qu'il s'est tenu. En 1285 en effet, la seigneurie de Chauvency-le-Château a abrité un tournoi mémorable ! Une rencontre de chevaliers, organisée par le comte Louis V de Chiny et qui a attiré des nobles comabattants venus de toute la Lorraine, mais également d'Alsace, du Hainaut, du Barrois et de la Flandre... Durant une semaine, les chevaliers se sont affrontés en duels à la lance ou dans des combats collectifs. Le soir, des danses et des banquets étaient organisés afin de distraire et de récompenser ces chevaliers qui pouvaient gagner (ou perdre) gros lors de ces journées. En effet : la coutume voulait qu'un chevalier vainqueur puisse se saisir d'une partie du harnois (ou de l'équipement si l'on préfère) de son adversaire...
Vous vous demanderez peut-être : mais comment sait-on tout cela ? Grâce à un texte, un document exceptionnel composé au lendemain même du tournoi par un trouvère du nom de Jacques Bretel. Le poème, composé de 4500 vers octosyllabes, est dédié au comte Henri IV de Salm. Il relate, par le détail, les joutes et les réjouissances de cette f***e semaine. Jacques Bretel, dans son récit, n'hésite pas à flatter son commanditaire. Il loue aussi les vertus chevaleresques qu'incarnent les différents chevaliers. Sagesse, force, prouesse ; à lire le trouvère, tous sont dignes de siéger à la cour du roi Arthur !
Plusieurs manuscrits conservent le texte de Jacques Bretel. Parmi ces derniers, celui qui se trouve à la bibliothèque Bodléenne d'Oxford est de loin le plus célèbre. Outre le texte, le livre compte en effet une série d'enluminures qui offrent un véritable armorial de la noblesse lotharingienne. Ainsi reconnaît-on le seigneur de Briey aux trois pals de gueules sur champ d'or qu'il porte sur son écu ou encore le seigneur de Sierck à ce qu'il arbore d'or à la bande de gueules chargée de trois coquilles d'argent...
Un tournoi donc, qui s'est tenu dans le nord de notre petit pays, il y a tout juste 741 ans ! Un tournoi et un poème enluminé avec lesquels je vous souhaite, chers amis de Lorraine et d'ailleurs, une excellente journée !