26/05/2026
Ma Lorraine à moi a quelque chose d'italien. De florentin même. Quelque chose de toscan, ou de vénitien... Car oui, lorsque je flâne dans les rues de Bar ou de Saint-Mihiel, je me dis que le tiède vent du sud a amené chez nous un peu de ce génie transalpin. De cette gracieuse Renaissance dont semblent pétries les œuvres de Ligier-Richier et quelques hôtels particuliers, sur la façade desquels éphèbes et putti s'enroulent dans des guirlandes fleuries… Elle a aussi de l’Italie du côté de Villerupt et dans le Pays-Haut, dans les cités du Warndt et du côté de la Houve…
Ma Lorraine à moi a aussi quelque chose de puissamment germanique. Quelque chose d'allemand et même de tudesque . Un je ne sais quoi qui vous envoûte l'âme pour peu que celle-ci aille flâner du côté du Warndt, le long de la Sarre ou dans les sombres forêts du pays de Bitche... L'accent, là-haut, est plus guttural et l'esprit se prend à rêver de dragons et de chevaliers lorsqu'il erre au milieu des forteresses ruinées qui flamboient dans la lumière dorée d'une belle soirée d'été.
Ma Lorraine à moi a quelque chose de polonais, de bohémien et de slave ; parce que le vent de l’est souffle souvent sur notre terre. C’est trois fois rien, mais ce trois fois rien est suffisant pour venir accrocher, à la statue qui trône au centre de la place Stanislas, trois onces d’une Pologne qui a donné un duc à la Lorraine et une reine à notre France. Pologne de laquelle sont également venus quelques milliers de personnes sans lesquelles nos mines et nos usines n’auraient pas été ce qu’elles furent !
Ma Lorraine à moi, bien sûr, a quelque chose de français ! Une sorte de douceur angevine ; un petit parfum parisien qui transpire un peu le long des boulevards de Nancy mais également dans ces champs de croix blanches semés sur cette terre où la France a consenti à tant de sacrifices...
Ma Lorraine à moi a quelque chose d'espagnol. Ou de flamand. Ce qui, à une certaine époque, revenait au même. Marville et la Gaume toute proche, Thionville et ses maisons de pierre blonde sont autant de machines à remonter le temps. Ici et là, c'est Charles Quint et ces lansquenets ; c'est le duc d'Albe et ses tercios qui hantent encore les ruelles de nos vieilles citadelles.
Ma lorraine à moi a quelque chose d’autrichien. Elle n’oublie pas la Vienne des Habsbourg, cette capitale d’un empire bouillonnant et cosmopolite, qui serait peut-être tombée aux mains des Ottomans si Charles V, le père du bon duc Léopold, ne s’était battu, sabre au clair, le long du Danube et jusque dans la plaine des Mohàcs. Qui sait encore que la belle Sissi était mariée à un descendant de notre dernier duc de Lorraine et qu’Otto de Habsbourg, lui-même descendant de Sissi, s’est marié à Nancy et prisait revenir dans les ruines de Vaudémont ?
Ma Lorraine à moi a quelque chose de montagnard. Surtout quand je la contemple du côté de l'Orient, depuis ces crêtes vosgiennes d'où la vue porte jusqu'aux sommets acérés des Alpes bernoises et de la Forêt-Noire. Paradis bleuté où mûrissent les brimbelles et où paissent les chamois. Colonne vertébrale de l'antique royaume de Lothaire...
Ma Lorraine à moi a quelque d'européen. C'est une terre d'entre-deux. Un creuset où se mélangent, depuis toujours, des cultures et des influences venues d'horizons variés. Ma Lorraine à moi se moque des frontières. Elle vénère la paix. Elle méprise la guerre. Ma Lorraine à moi, c'est celle de Charlemagne, de René II, de Jeanne d’Arc et de Schuman. C’est celle des peintres, qu’ils s’appellent Georges de La Tour, Jules Bastien lepage ou Emile Friant. C’est celle de Julie-Victoire Daubié, d’Ambroise Thomas, de Paul Verlaine, de Jules Ferry… C'est la terre de mes aïeux. Ce que je lui donne, elle me le rend au centuple.
Et c'est pour tout cela que je l'aime ! Ma Lorraine à moi...
Excellente journée à tous !