02/08/2026
🔴 L'escalier nuage du palais Biscari
Ce que vous voyez là est l'escalier dit fiocco di nuvola — flocon de nuage — du palais Biscari, lequel se trouve à Catane, sur la côte orientale de la Sicile, la plus grande île du bassin occidental de la Méditerranée. Qu'on se le dise.
L'histoire de ce palais commence par une catastrophe. Le 11 janvier 1693, un séisme d'une violence inouïe ravage le sud-est de la Sicile, détruisant Catane au passage. C'est sur les ruines de la ville — et plus précisément sur les anciens remparts élevés au XVIe siècle sur ordre de Charles Quint, lesquels avaient en partie résisté au désastre — qu'Ignazio Paternò Castello, troisième prince de Biscari, obtient l'autorisation de construire sa nouvelle demeure.
La construction s'étend sur plusieurs générations — de 1702 jusqu'à son achèvement vers 1763 — sous la direction successive d'Ignazio III, de son fils Vincenzo IV, et enfin d'Ignazio V, le cinquième prince, grand érudit, archéologue amateur et collectionneur passionné d'antiquités, qui y aménagea un musée ouvert aux savants européens de passage en sa bonne ville de Catane. Les architectes Alonzo di Benedetto et Francesco Battaglia y laissent leur empreinte, édifiant ce qui est aujourd'hui l'un des plus vastes et des plus beaux palais privés de Sicile.
L'intérieur du palazzo Biscari est un triomphe du baroque sicilien tardif avec ses fresques, ses incroyables moulurations en stuc, ses innombrables miroirs et ses salles aux noms évocateurs : la Salle des Fiefs, la Galerie des Oiseaux, la Chambre de Don Quichotte, les Appartements de la Princesse.
Et puis il y a l'escalier que vous avez sous les yeux.
Ce beau fiocco di nuvola — flocon de nuage — emporte le visiteur jusqu'au salon des fêtes, une des pièces maîtresses du palais dont le petit dôme était réservé à l'orchestre. Recouvert de stuc, cet escalier déploie ses volutes aériennes comme une vague pétrifiée, comme une blanche écume. On comprend le surnom.
Cela étant dit, le palais appartient toujours aux descendants de la famille Paternò Castello, les ci-devants ayant l'heur d'y couler des jours sans nuage ou presque.
Photo : Rabe!
PS – le visiteur curieux – la visiteuse itou – aura le plaisir d'apprendre que le palais se peut visiter, à des horaires et selon des modalités évidemment farfelus.