12/06/2026
🔴 Chronique d’un nouveau temple urbain : les galeries marchandes à Milan et Naples
« Salon », « vaste bazar », « hall de palais fantastique » : en 1878, les journalistes rivalisent de superlatifs pour décrire la Galleria Vittorio Emanuele II à Milan, récemment inaugurée.
Si l’idée de bâtir des espaces commerciaux couverts afin d'abriter une clientèle aisée des intempéries remontait à 1786, avec la construction des galeries du Palais-Royal à Paris, l’Italie - tout aussi récemment unifiée, en 1860 - leur donne une dimension nouvelle : monumentale, politique et symbolique.
Les grandes cités de la péninsule, de Milan à Gênes en passant par Naples, substituent alors aux passages modestes en taille des structures d’une envergure colossale, où fer, verre et stuc célèbrent le triomphe de la bourgeoisie et les prémices de la société de consommation.
Pas de doute, la galerie était bien une cathédrale d’un nouveau genre, laïque et bourgeoise entièrement vouée à une nouvelle religion, le progrès. Mais, plus encore, elle était un lieu de brassage social inédit, une immense ruche avec ses magasins, ses bureaux, ses cafés et ses flâneurs.
Pour l’écrivain milanais Luigi Capuana cela ne fait aucun doute, la galerie « c’est le cœur de la ville. La foule s’y presse de toute part, continuellement, suivant les circonstances et les heures de la journée. Elle se déverse depuis ses quatre embouchures – j’allais dire dans l’aorte et les artères du grand organisme, tant sa ressemblance avec les fonctions du cœur est évidente. » .
Ci-dessous, la Galerie Vittorio Emanuele II à Milan.