23/01/2022
Autorité routière de Madagascar: détournement de près de 35,5 milliards d’ariary
Par Taratra sur 28/09/2018
Près de 35,5 milliards d’ariary – environ 10,4 millions de dollars – ont été détournés au niveau de l’Autorité routière de Madagascar (ARM) en raison de modifications apportées au Projet d’urgence pour la préservation des infrastructures et la réduction de la vulnérabilité (Pupirv), financé par la Banque mondiale. Ce détournement concerne particulièrement la sous-composante A.1 dudit projet, relative à la «Réhabilitation des infrastructures vitales de transport ».
Approuvé officiellement en 2012, le Pupirv était annoncé «arrivé à son terme» en juin dernier. Pourtant, après un constat de visu, certains travaux initialement prévus dans le cadre de sa sous-composante n’ont été que très partiellement réalisés, tandis que d’autres ont simplement été abandonnés.
La sous-composante A.1 du Pupirv consiste, d’une part, à préserver les infrastructures de transport existantes à terme de vie et d’autre part, à assurer la fluidité de la circulation dans l’ensemble des réseaux concernés.
Particulièrement, les activités identifiées initialement concernaient, entre autres, des travaux de réhabilitation d’urgence et de préservation de ponts métalliques sur la RN 4, dont le pont de Kamoro et celui de Betsiboka, la reconstruction de neuf petits ponts en fin de vie et des travaux d’urgences sur le même axe, ainsi que des travaux d’urgences sur des routes nationales-clés telles la RN 6, la RN 7, la RN 12 et la RN 25.
Des modifications ont toutefois été apportées ultérieurement par rapport à ce qui a été prévu à la signature de l’accord de crédit. Mais en prenant en compte les critères relatifs à des «infrastructures vitales de transport», selon les termes de ladite sous-composante du Pupirv, ces modifications en question ne répondent pas à ces critères jusqu’au point de conduire à la réalisation très partielle, voire la non-réalisation des travaux initialement prévus.
Les modifications en question
En entrant dans les détails, l’on peut relever la modification relative au pont Kamoro qui, prévoyait initialement une réhabilitation totale du pont suspendu existant, mais a finalement abouti à la construction d’un nouveau, en parallèle avec l’ancien. Ce changement a pratiquement doublé le coût du projet initial prévu qui est de 35,6 milliards d’ariary, en générant un surcoût de 32,44 milliards d’ariary.
Par ailleurs, d’autres modifications avaient pour objet de greffer carrément de nouvelles activités inclues dans le projet, voire d’en réaffecter des financements vers d’autres fins, privant ainsi de ressources d’autres volets du programme.
Il s’agit entre autres de la «Réallocation» de 6,04 milliards d’ariary à la rubrique salaires du personnel de l’ARM, en guise d’honoraires de 96 consultants, soit une moyenne de 62,9 millions d’ariary par consultant, des travaux de réhabilitation de la route d’Analamahitsy pour un montant de 3,06 milliards d’ariary, des campagnes de «relevé de rugosité des routes», comprenant la réparation de 25 véhicules de l’ARM, de l’achat de neuf voitures tout-terrain neuves en entente directe, en sus des frais engendrés par les campagnes en question (coût total non disponible) ainsi que du montage d’une «base de données routière socio-économiques» au profit du M2PATE (coût total non disponible).
Quid des activités et des travaux ?
Aujourd’hui, alors que le projet est déclaré «terminé», les résultats escomptés ne sont même pas obtenus. Des travaux d’urgences de réhabilitation des 5 routes nationales sont prévus dans l’accord de crédit, or, seule la RN 4 a fait l’objet d’interventions et ce, sur seulement 50 km.
Deux des neuf ponts devant être réhabilités sur la même route ont été reconstruits et les sept autres laissés pour compte. Cela représente cependant une grande menace pour cette artère du réseau nord de la Grande île.
Tout ceci pour dire que les modifications et les réaffectations de fonds dans la sous-composante A.1 du Pupirv sont «très discutables». Et les irrégularités constatées dans l’exécution dudit projet, plus précisément de sa sous-composante A.1, suscitent des interrogations. Et les faits confirment entre autres l’implication de personnes physiques comme des personnes morales privées ou publiques, dont des anciens ministres, dans cette affaire.
Rakoto
https://newsmada.com/2018/09/28/autorite-routiere-de-madagascar-detournement-de-pres-de-355-milliards-dariary/