15/08/2026
15-08 Le retour…
Ridicule d'avoir cru que nous allions nous en sortir avec une ultime bafouille sur la page Facebook pour clôturer notre voyage. Illusoire d'avoir imaginé que le besoin de raconter et de partager aurait pu sagement patienter dans l'attente d'un hypothétique nouveau voyage ou d'une nouvelle aventure.
En réalité, très chers followers, raconter et partager me manque cruellement. Quant au voyage, et bien il est loin d'être terminé !
Et donc, nous re-vla pour vous raconter et vous expliquer comment se passe la suite du voyage, le retour...
Parce qu'il faut le constater, le retour fait incontestablement partie du voyage. Il le poursuit, il le prolonge, mais d'une manière totalement différente évidemment. Un voyage sédentaire, un chemin sinuant au travers des limbes de l'esprit, parsemé de nombreuses étapes de questionnements, d'une durée imprévisible et dont la destination semble de plus en plus floue au fur et à mesure de l'avancée.
Flash-back :
Il y a 76 jours, un énième vol nous déposait à Bruxelles avec nos sacs. C’est Ben, mon ami, mon grand pote, qui est là pour nous accueillir. L’ami de toujours, d’une manière ou d’une autre, il a fait partie de tous mes voyages, de toutes mes aventures. Habituellement, c’est lui qui m’amène au départ. Comme si j’avais besoin de son autorisation, de sa bénédiction pour l’abandonner quelque temps. Cette fois, il était au départ, et il est aux premières loges au retour. Nous voulions un retour en douceur, quelque chose d’intime et c’est très bien comme ça. Arrivée à la maison, les enfants sont là et Tante So débarque avec une bonne pâte bolo et une tarte au riz. Joie des retrouvailles. Pablo le chien accueille tout le monde chaleureusement comme à son habitude. Puis il s’att**de sur moi, me renifle longuement avec insistance et Tilt !, ça y est, il a reconnu l’odeur de son maître. J’avais la crainte qu’il ne m’ait oublié… C’est la fête, il ne me lâchera pas les jambes de toute la soirée. Le lendemain, retour chez San. Mais un chat n’est pas un chien ! Sirius vient voir… ‘’Ah ! Tu es là !?’’… puis s’en retourne au jardin d’un air hautain et nargueur : ‘’Haaaa tu m’as laissé pendant 9 mois… et bien tu attendras bien quelques jours avant que je ne reviennes ronronner sous tes caresses’’…
Les retrouvailles s’enchaînent les jours suivants. Qu'est-ce que c'est bon de retrouver les enfants, la famille, les amis. Bonheur aussi de se poser dans son logis, de se coucher dans son lit, de retrouver sa garde-robe bien (trop bien) remplie. Plaisir de ne plus devoir chercher où dormir, où manger, se poser… C'est bon d'être chez soi !
Nous avions envie de transposer dans le quotidien certaines habitudes prises en voyage. Et bien c'est effarant la vitesse à laquelle on reprend ses habitudes ! Exaspérant, pathétique.
Surprenant mais tellement logique après avoir vécu pendant neuf mois avec le strict minimum : il nous prend des envies irrésistibles de trier ! La garde-robe, les armoires, tout y passe. Ce qui ne sert plus, ce qu’on gardait pour le “”au cas où’’, ce qu’on ne porte plus, ce qui dépasse, ce qui ne rentre pas dans le sac à dos du quotidien, ce qui est devenu trop lourd, ce qui ne semble plus essentiel : Allez hop !, on donne, on vend, on débarrasse, on évacue aux conteneurs. Fichtre ! Ça fait du bien de s’alléger !!!
Quinze jours plus t**d, nous refaisons déjà nos sacs et repartons en voyage ! Une dizaine de jours dans la maison de San en Ardèche. Y retourner au plus vite était une motivation au retour anticipé. Besoin d’aller se poser et se ressourcer dans cet endroit symbolique qui nous est si cher… Séjour un peu court, mais bénéfique. Se retrouver à nouveau tous les deux et déjà besoin de s’extraire du tumulte du quotidien… L’occasion également pour Ben de reprendre les airs, de survoler les Gorges de l’Ardèche et Rimourin, le patelin des vacances de son enfance ; survol des racines... C’est Bertrand, voisin et ami ardéchois, pilote instructeur, qui lui offre ce cadeau. Premières retrouvailles de voyageurs également puisque nous avions croisé Christelle et Bertrand à Bangkok durant le voyage. Mais il faut déjà rentrer au pays…
Rappelez-vous, nous sommes rentrés de voyage deux mois plus tôt que prévu. Nous avons donc le temps. San commencera un nouveau boulot mi-août, et quelques jours plus t**d ce sera la rentrée scolaire pour Ben.
Après l'euphorie des retrouvailles, petit à petit, il y a comme un vide qui s'installe. Ce projet de voyage nous a tenu en haleine pendant 2 ans. Puis tu rentres et… plus rien !
Les moments de plaisir et de bonheur ne disparaissent pas mais sont moins fréquents et moins intenses. Moins d’émerveillements au quotidien, plus de : "Pince-moi, c'est ici".
La vie est un peu fade, le guacamole maison n'a pas le même goût. Elle manque de rythme. Une sorte de flottement s'installe. Cette période transitoire s'avère devenir inconfortable. On se lance dans des petites choses à faire, sans avoir l'envie et l'énergie de les terminer.
La vie semble si compliquée ! On se sent envahis par les obligations, les : "Il faut". Il faut refaire un agenda, prendre des rendez-vous, faire les courses, le ménage.
On a du plaisir à raconter le voyage, à se plonger dans les souvenirs. Même si souvent, après quelques questions, l’audience en revient vite au présent. Certains ne comprennent pas qu'on n'était pas en vacances mais en voyage. Et qu'une fois rentrés, tout ne reprend pas forcément comme avant. Comme si désormais c'était juste du passé.
Impossible de regarder les photos, le projet "album" devra attendre.
On se sent parfois totalement décalés. Même lors de la Fête à Saive, si chère à Ben et qui était pour lui une autre motivation au retour anticipé ; par moments il ne se sent pas à sa place, a du mal à profiter.
Il faut se rendre à l’évidence, nous sommes entrés dans cette fameuse et redoutée période ‘’du retour’’. On savait que cela allait être difficile, on avait essayé de l’anticiper, mais Paf ! C’est une grande baffe dans la gu**le et ça fait mal !
En fait, comme le chante Goldman dans un de ses titres : "Rien vraiment ne change mais tout est différent". On n’a pas fondamentalement changé, mais on n’est pas rentrés intacts non plus. Et ces questions lancinantes deviennent assourdissantes :’’ Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Que faire de tout ça ? Est-ce qu’on accepte de se remettre gentiment sur les rails ou pas ? Faut-il changer de vie ? ’’...
- ‘’Mon chéri, il nous faut un nouveau projet ! Il faut qu’on trouve quelque chose à quoi s’accrocher !‘’ s'exclame San ! Allez, go, on fait une liste :
repartir en voyage
s'installer en Ardèche ..
C'est tout ! Ça ne vient pas, le vide… Zut ! Qu’est ce qui nous arrive ?...
On essaye de se rassurer : la reprise du boulot, voilà ce qui va nous aider, cela ramènera du rythme, de la structure, c’est clair. Mais en vérité, il y a là aussi un vrai questionnement : Y retrouverons-nous de l’envie et surtout du sens ?... Nous l’envisageons donc plutôt comme un test.
En attendant, on refait à nouveau nos sacs pour un second séjour de deux semaines en Ardèche. A mi-séjour, nous partons pour une excursion de quatre jours très attendue à Agen. Nous allons retrouver chez eux Sylvie et François, rencontrés à Sukhothaï en Thaïlande. Une belle rencontre de voyageurs, ça avait matché de suite et nous nous étions revus deux fois : à Chiang Mai toujours en Thaïlande et plus t**d au Laos. François et Sylvie étaient en voyage pour 4 mois en Asie. Nous avions gardé le contact avec quelques apéros vidéo, mais cette fois ce sont des retrouvailles en live et un apéro quasi permanent de trois jours. Quels délicieux moments !
Nous voici mi-août. Dans quelques jours ce sera la reprise du boulot…
Parfois le voyage semble déjà tellement loin. Des flashes, des images de destinations si éloignées surgissent de nos mémoires et illuminent un moment l'esprit.
Des images, des souvenirs, de l'inconfort, un paquet d'incertitudes, une montagne de questionnements et un océan de nostalgie ; est-ce là tout ce qu'il restera de cette grande aventure ? Ce tableau semble bien négatif… Non non, on ne se plaint pas et nous restons conscients de la chance que nous avons eue de vivre cette grande et magnifique aventure. Ce voyage est encore là, bien présent, profondément enraciné dans notre esprit et notre cœur. Et si nous acceptions cette période de latence, malgré son inconfort, et l’envisagions plutôt comme un terrain fertile sur lequel laisser germer de nouveaux projets, de nouveaux rêves ?... Patience… Laissons déjà le temps aux fruits de mûrir. Ce cépage particulier requiert une vendange échelonnée.
Accrochons-nous à cette seule certitude : ce voyage restera la meilleure chose qui pouvait nous arriver…
« When nothing is certain, everything is possible… »
Margaret Drabble