08/01/2026
DIRE DES CHOSES EN HOMMAGE A MES MAÎTRES
Livre I
L’encrier, la plume et le maître.
MANSOUR AW
NOTE DE L’ÉDITEUR
L’encrier, la plume, et le maître, est le Livre I, d’une série de romans, de nouvelles, et de récits de vie regroupés sous le titre IMMERSION. Œuvre de Mansour Aw, Historien de métier, Chercheur et Éditorialiste engagé dans l’écriture depuis déjà l’année 1968.
Écrivain par vocation ou par nécessité, Mansour Aw est témoin de son temps, et acteur politique, et du mouvement social et culturel.
Devenu grand-père, il est obligé de parler, de raconter sa vie, de dire des histoires pour rire, et se dérider. Il se sent interpelé dans un monde où l’absurde, le sordide, et l’inqualifiable se sont un peu partout installés. Il avait déjà à son compte plusieurs travaux universitaires, pédagogiques, didactiques, et des articles de géopolitique africaine, et internationale. Quand il dit quelque part : « Le français je n’en fais pas un butin de guerre. » On peut le croire. Il ne développe aucun complexe vis-à-vis de cette langue avec laquelle il fait corps et entretient des relations très intimes.
Son métier d’Historien – chercheur l’avait bien souvent conduit aux Archives Nationales de France, rue des Francs Bourgeois et au Département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France, rue Colbert.
Historien de la Longue durée qui traverse le Moyen Âge et les Temps modernes, il aura cheminé avec cette langue, ses mues, ses mutations, sa culture profonde, et certains de ses archétypes qui restent tenaces de sorte qu’il ne sait plus trop exactement à quel siècle ni à quel type de français il a affaire lorsqu’il l’écrit ou lorsqu’il le parle. Peut-être bien que cela importe très peu ; le français du XXe, et celui du XXIe sont tout cela en même temps.
Pour notre auteur, écrire c’est : « parler », « c’est dire des choses », « c’est communiquer. » Il fait siennes les vérités de Wolof Njaay : « Ku wax feeñ » : « Parler, c’est se dévoiler, c’est afficher sa personne, et sa personnalité. » Mansour Aw n’a pas peur de se dévoiler.
La plume, l’encrier, et le maître est comme Le discours de la méthode. L’auteur y pose ses problématiques et prend ses marques : Qu’est-ce qu’écrire ? Pourquoi donc écrire ? Sur quels sujets écrire ? Écrire dans quelle langue ? Écrire pour quels objectifs, et pour quelles finalités ? Il donne ses réponses sans détours, et en passant il se livre à un inventaire critique de ce que le monde littéraire d’aujourd’hui charrie comme « produits ». Il a ses choix, il s’en explique ; il dit qui il est ; il nous parle.
C’est avec un très grand plaisir, et un réel devoir que Les Éditions Khady et Baba, créées avec très peu de moyens pour perpétuer la mémoire de feue sa mère, et de feu son père se charge de publier cette œuvre intégrale qui inaugure la Collection Alioune Diop en hommage à celui qui a fondé Présence africaine.
Le choix qu’il porte sur sa mère et sur son père comme parrains de la maison est celui d’un fils qui perpétue la mémoire de ses parents plus que dignes d’éloges. Des personnes humbles qui ont consacré leur vie à servir sans jamais rien demander, et qui l’ont accompagné dans ses pensées les plus intimes, et dans tout ce qu’il a eu à entreprendre. Ils étaient ses amis, ses confidents, ses conseillers, et protecteurs. Ils l’ont béni avant de le quitter chacun à un âge très avancé.
La maison ne pouvait entreprendre l’édition du Livre I sans les regards extérieurs nécessaires.
Monsieur Djibril Nguirane, instituteur en son état, celui qui a fait la classe à Mansour Aw dès les Cours Préparatoires CP à l’École élémentaire mixte Colobane I, qui donc lui a appris à lire, à tenir le porte-plume, à écrire, et tout ce qu’un élève de cet âge devait acquérir comme science, savoirs, et comme comportements a accepté d’en faire la préface.
Le coup de téléphone de l’élève avait surpris le maître qui ne comprenait rien de ce qu’il disait, rien de ce qu’il voulait, ni de ce qu’il attendait de lui. Plusieurs fois il lui a demandé de répéter son nom, plusieurs fois Mansour avait repris en prononçant, et en articulant syllabe après syllabe. « En quelle année étiez-vous dans ma classe ? » « En 1957 Monsieur ! »
À sa famille rassemblée autour de lui pour l’assister durant ses moments de convalescence, Monsieur Nguirane a dit : « Cet élève, franchement je ne me rappelle plus de lui, mais il m’est venu à l’esprit après son appel, à cet instant même, un visage, celui d’un de mes premiers élèves dans ce métier. Il avait le teint clair, très clair. »
Dans cette classe, des Cours Préparatoires, 1ère année, ils étaient au nombre de 77. Monsieur Nguirane n’avait plus revu son élève. La dernière fois qu’ils s’étaient « entrevus », c’était à travers les événements de la grève générale de l’Université de Dakar et des collèges et lycées du Sénégal en Mai 1968. Mansour était alors membre du comité de bastonnade du Lycée Blaise Diagne. Avec ses camarades, ils étaient chargés de sortir tous les élèves des écoles élémentaires de Grand Dakar, de Ouagou Niayes, de Bopp, et des HLM. Le hasard l’avait mis nez à nez avec son maître. Celui-ci était en classe, craie à la main, en train de faire des démonstrations au tableau noir. Il n’avait pas reconnu celui qui était venu les faire évacuer les lieux. Pouvait – il un seul instant penser qu’il avait à faire avec un de ses anciens élèves ? Mansour était aussitôt après sorti de la classe, il avait refermé la porte pour immédiatement quitter l’École Lion des HLM.
Ému, et très sensible à l’honneur qui lui est fait, Monsieur Nguirane lui a offert les livres qu’il a écrits sur l’Islam, et la photo de cette classe de CP 1 ; photo vieille de plus de 60 ans, jaunie, et devenue presque totalement floue. Tous les visages s’y ressemblaient ; tous étaient méconnaissables, et anonymes.
Pour l’ensemble de ses livres, Mansour est sur le terrain de la fiction-réalité, ou de la réalité – fiction ; entre des faits, des situations, des circonstances, et des personnages imaginés, et une réalité qui fut la sienne, celle de sa famille, et de son entourage direct et immédiat. Il ne veut pas, et ne peut pas échapper à la réalité ; il ne veut pas écrire pour écrire, ni parler pour parler. Il invite à un voyage dans le temps, et dans les espaces, dans son terroir, ses us, ses coutumes, ses traditions, et ses superstitions. Il s’adosse principalement sur l’Histoire, l’Anthropologie, la Sociologie, la Géographie, la Philosophie morale, et sociale, et sur certaines grandes questions de géopolitique mondiale. Il est en immersion ; pour lui la littérature est immersion.
Mansour Aw a été Éditeur, et Directeur de publication du trimestriel de politique africaine et internationale WAAR – WI. Le Lopin de terre.
Roman de vie, itinéraire de vie, récit de vie, l’auteur est dans un genre très ouvert, polyphonique, pluridirectionnel ; un roman – essai, ou un essai – roman d’où son titre très évocateur Immersion préféré en fin de compte à celui d’Errance qui fut celui des premiers manuscrits.
Roman d’idées, de connaissances, de réflexions, et de pensées intimes, il lui a été suggéré de rassembler ses notes de bas de pages, et ses différents commentaires qui étaient très nombreux et assez exhaustifs en un précis encyclopédique qui aidera à mieux comprendre sa société.
L’Éditeur
CHAPITRE PREMIER
Écrire ?
Écrire ? Oui, écrire ! Qu’est-ce qu’écrire ? Écrire en quelle langue ? Pourquoi donc, et sur quels sujets ? Autant de questions qui s’étaient posées à moi.
Écrire est-il le fait de coucher sur du papier, ou au tableau des lettres, et, ou des chiffres, de former des mots, de faire des phrases, de les aligner, les unes, derrière les autres comme ce fut le cas durant toute notre scolarité où nous vîmes instituteurs et professeurs agir, et nous faire agir ? Oui, écrire, c’est déjà cela.
Thomas Hobbes, très distingué philosophe anglais du XVIIe siècle parlant de l’écriture et de l’imprimerie disait : « C’est là une invention bénéfique qui permit de conserver la mémoire des temps passés et la communication parmi le genre humain, dispersé comme il l’est en de si nombreuses et lointaines contrées de la Terre. » Le fait est donc important ; il est à l’échelle du genre humain.
À l’École élémentaire, le maître nous avait appris à bien mettre l’encrier à son emplacement, dans le trou, à droite, ou à gauche de la table, et à bien tenir le porte-plume avec le pouce, l’index, et le majeur. Ses consignes étaient strictes : il faut bien tremper la plume, l’essuyer avec le buvard, se concentrer, ensuite, calmement, et attentivement aligner sur la feuille de papier bien quadrillée à deux lignes : i, u, o, a, e, é, è, ê, avec des pleins, et des déliés.
C’était tout un art, et tout un plaisir d’écrire avec ces porte-plumes de toutes les formes, et de toutes les couleurs. Le choix était grand. J’en avais un bon nombre, mon père m’en achetait, ma mère m’en achetait, et à chaque fois que j’avais quelques petits sous épargnés, je m’en payais encore d’autres. J’avais une bonne collection de porte-plumes, et de plumes ; des plus minces, et effilées, aux plus grosses. Je ne vivais que pour cela. C’était un plaisir d’aller à l’École française, de porter des sous-vêtements, et des chemises aux manches courtes qui arrivaient à peine aux couds. Les culottes, qui toutes étaient de couleur kaki serraient à la cuisse. Elles étaient vraiment bien différentes de ma collection de pantalons bouffants que j’avais fini par ne plus pouvoir porter tellement que je les trouvais longs, et pas du tout commodes pour marcher vite, courir, ou sauter.
Avec la chemise et la culotte, les souliers ou les chaussures bottines, c’était de nouvelles commodités, et de nouvelles habitudes qui allaient avec celles de se lever très tôt le matin, de faire sa toilette, de porter ses plus beaux habits, de sortir son grand cartable, et de se mettre en chemin pour l’école logée dans de beaux bâtiments, et de grandes baraques, qui toutes étaient solides, spacieuses, et bien meublées.
L’École française, c’était le nouveau chemin de ma vie après Diourbel, Mbacké, et le daara à Nangane. J’avais de la chance d’y aller car la plupart des garçons de mon âge ; ceux avec qui je partageais la Rue de la Mosquée dans le quartier de Fass Paillotes n’avaient pas été inscrits faute de place, ou simplement parce que les parents n’avaient pas pu, ou n’avaient pas voulu participer aux frais pour la construction de nouvelles salles de classes.
Trois années d’écriture ont été passées avec toujours le même instituteur ; un certain Monsieur Nguirane. Il était grand, et beau, et il savait bien s’habiller. Il avait la plupart du temps un pantalon, et une chemise kaki tergal. De temps à autres, il avait le pantalon, et la chemise blanc immaculé aux manches longues. Les lendemains de fête, il mettait le veston et le pantalon marrons. Monsieur avait ses chemises toujours propres, bien boutonnées, et bien braillées. La cravate rouge, et mince était la même ; il l’avait si souvent.
Monsieur Nguirane était Jolof-Jolof et il nous le faisait comprendre clairement car disait-il chez eux, dans le Jolof, premier empire en terre sénégalaise, la noblesse, et la hauteur étaient de mise. C’était exactement les mêmes propos que nous tenait notre maître d’Arabe du coin ; lui aussi était Jolof-Jolof. Monsieur nous faisait chanter et taper sur la table mais il fallait le faire doucement ; sans trop de bruits pour ne pas déranger ceux qui travaillent à côté. Jamais, il ne nous faisait danser ; il n’en était pas question même si les filles le voulaient, et qu’ailleurs dans l’école on tapait fort sur les tables, et qu’on dansait bruyamment avant la fin des cours dans l’après-midi. Monsieur n’aime pas les choses exagérées ni les comportements qui pourraient être qualifiés de pas dignes d’un évolué ; d’un jeune qui de surcroît fréquente l’École française. La leçon de morale c’était chaque jour, tôt le matin pour compléter les choses.
Monsieur était un homme de droiture, strict, qui n’acceptait, ni ne tolérait, quelques habitudes à se coucher sur la table pour paresser. Il demandait lorsque nous sommes fatigués de fermer les yeux, d’inspirer longuement, d’expirer lentement, et d’ouvrir les yeux pour évacuer la fatigue. De temps à autre, il demandera de remuer la tête dans tous les sens, de se détendre un peu mais pour aussitôt après reprendre son aplomb. Tout était donc là pour nous donner de la tenue, de la hauteur, de la distance, et de la respectabilité.
Les années sont passées, les calculs, les problèmes, l’orthographe, la grammaire, c’était tous les jours, le matin ou durant l’après-midi. J’étais dans ce monde de l’apprentissage de la langue française avec ses règles strictes. Les exercices que nous avions du matin au soir étaient très variés, complexes, et difficiles. Monsieur pouvait nous taper dans la paume de la main ou sur les bouts des doigts. Chacun de nous craignait le fameux « tends la main » et fera attention sur son travail, sur ses comportements, et sur ses propos. La punition sera plus sévère en cas d’inconduite, de mauvais comportement, d’une parole insolente ou mal placée ; ce sera le « Quatre gaillards ».
Lorsque l’élève n’a pas appris sa leçon, ou qu’il ne la maîtrise pas bien, il ira se mettre « À genoux », ou bien alors ce sera « La retenue » ; il ne sortira pas durant la récréation, et il restera en classe pour l’étude au-delà de l’heure de sortie. Le « Debout-assis » jusqu’à reprendre ses sens, était la réponse en cas de fatigue manifeste.
Le français, il fallait le parler, et l’écrire sans la moindre faute ; il fallait faire attention avec les articles, le genre, et le sens des mots. Monsieur Nguirane était là pour veiller à tout cela ; l’oreille attentive, le bâton à la main, même s’il ne l’actionnait pas toujours ; c’était suffisant pour que chaque élève demeura attentif, et concentré sur ses explications, et sur son travail.
Une langue est une langue qui a ses règles, et ses principes ; cela ne me gênait guère qu’il en fût ainsi. J’étais toujours très content, fier, et heureux de ne pas avoir le « symbole » accroché au cou ; j’avais donc fait des progrès dans cette langue qu’il fallait comprendre et écrire.
Le temps est passé, Monsieur Jaquême est venu nous apprendre ce qu’est la phonétique française ; nous étions aux Annexes du Lycée Blaise Diagne. C’était dur, mais très intéressant. L’homme à l’uniforme blanc des militaires ne badine pas. Il avait le don, et le pouvoir de commander, et il nous le faisait savoir avec la gifle, ou avec le bâton bien qu’il fût interdit de nous toucher car nous n’étions plus à l’école élémentaire mais pour lui, il n’y aurait pas de différences entre les deux, et parce qu’il agissait dans notre intérêt, et pour notre plus grand bien. Monsieur Chuaveau, notre Proviseur ; un ancien militaire de carrière, lui non plus, ne badinait pas.
Monsieur Jaquême parti, Madame Santos est venue. C’était une véritable chance que nous eûmes dans cette classe de la 5e M6. Madame était très belle et gentille, et elle avait l’art de bien se faire écouter. Le programme était encore beaucoup plus vaste et intéressant : c’étaient la Chanson de Roland, les auteurs de la Pléiade ; Pierre de Ronsard, Joachim Du Bellay, Jean-Antoine de Baïf ; Montaigne, auteur de la Renaissance, et ceux des siècles suivants : le XVIIe, et le XVIIIe siècle. C’était simplement sublime : Lagarde et Michard était notre livre de chevet, et le compagnon de tous les instants. J’étais fier de l’avoir ; il faisait toujours la curiosité de ceux qui me voyaient avec à la main. J’étais devenu un vrai Tubaab ; certains voisins du quartier me prévoyaient déjà un bel avenir de fonctionnaire, et en tous les cas quelqu’un de distingué. Avec ces bouquins, le choix des auteurs était très large et les illustrations nombreuses pour occuper nos esprits, et notre imagination.
La Révolution de Mai 1968. Partout le monde bougeait, des coups de fusils ont été entendus à l’université encerclée de tous côtés, toutes les écoles seront fermées, des affrontements entre les Forces publiques, et des manifestants ont eu lieu aux Allées du Centenaire, le chaos était en passe de s’installer partout dans le pays. Le Président de la République a eu le ton particulièrement grave et solennel lors de son discours. La Rencontre Tripartite entre l’État, le Patronat, et les Syndicats mettra fin à la grève générale illimitée. Le train de vie de l’État sera abaissé, les salaires des ministres, et des députés seront diminués, les bourses des étudiants seront maintenues. Nous étions de ceux qui ne furent pas repris l’année d’après à l’ouverture des classes parce que considérés comme étant parmi les pétroleurs , ou parmi les cancres que le Président poète ne souhaitait plus voir dans les établissements scolaires du pays, ou à l’université. Les uns étaient des agents subversifs de Moscou, ou de Pékin, et les autres, parce que cancres , ne devaient vraiment plus encore continuer à occuper le peu de places qu’il y a dans les écoles.
Renvoyé du lycée, les chemins du Centre Culturel français étaient là, devant moi. Le Président Senghor parlait, et s’exprimait sur tous les grands événements de l’époque, et sur toutes les grandes questions d’intérêt pour l’Afrique, et pour le monde. Nous l’écoutions, nous n’étions jamais d’accord avec lui, mais, il fallait quand même l’écouter, et comprendre ce qu’il disait. C’était nécessaire, et fondamental pour le contredire, et pour porter la réplique à ses partisans. Alors, les dictionnaires, les outils de la Langue, les auteurs qu’il citait à volonté il faut aller les chercher loin en ville. Le Centre Culturel nous accueillait les portes grandement ouvertes. Nous y allions par petits groupes ; nous tous, ressortissants de Fass Paillotes ; chacun avait ses problématiques, ses équations à résoudre, et ses différents centres d’intérêt. C’était très important ; j’avais encore lu et appris : Platon, Aristote, Rousseau, Voltaire, Montesquieu, Pascal, Descartes, Alain, Le Père Teilhard de Chardin ; tous les philosophes étaient là, comme tous les auteurs de la Littérature Française ; tous ceux que j’avais étudiés à l’école élémentaire, et au lycée. Ils sont tous là, dans les rayons de cette salle de lecture faiblement éclairée, mais toujours accueillante, sérieuse, et grave, où il règne le silence quel que soit le nombre de lecteurs ; il y en avait toujours un bon nombre qui se bousculait, et sur les tables, qu’entre les rayons, et les différents meubles de rangements de la multitude d’ouvrages qu’il y avait. Pour moi, c’était une planète à découvrir, et un monde à pénétrer en profondeur : toutes les portes du savoir, et de la connaissance m’étaient ainsi ouvertes comme exactement c’était le cas à l’école. Il faut tout voir, et tout mettre dans ma tête, et dans mes carnets, et agendas ; bien vaillante mission, et bien sérieux devoir. Il faut vérifier tout ce que le Président Senghor disait sur l’Art africain, sur l’Architecture africaine d’inspiration sahélienne, sur le Parallélisme asymétrique, sur le Socialisme africain, sur la poésie : Aragon, Paul Claudel, André Breton, Paul Éluard, les Parnassiens, le Surréalisme, la Paléontologie Humaine, la Préhistoire, l’Arabité, la Négritude, sur ses amis : Césaire, Léon Contrant Damas, Rabamanajar, sur Goethe, Hegel, sur la Philosophie allemande, la littérature américaine : Langston Hughes, etc. Il faut sur chaque question se faire une idée précise. Il ne nous était pas permis d’ignorer quelque partie que ce fût d’un discours du Président Senghor. Nous avions vu les tableaux de Picasso, de Marc Chagall, l’exposition sur l’Évolution de l’Homme, et tant et tant d’autres choses. Le musée dynamique de Dakar ne désemplissait jamais. C’était événement sur événement chaque année, et une foule d’autres peintres, des colloques, et des rencontres internationales avec toujours des sommités mondiales.
Le Président Senghor était notre professeur, et notre maître, il ne le savait pas, nous ne le savions pas.
MANSOUR AW
Historien -Anthropologue Ecrivain – Editeur
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