04/04/2018
L'île de Gorée ou Gorée est à la fois une île de l'océan Atlantique nord située dans la baie de Dakar (Sénégal) et l'une des 19 communes d'arrondissement de la capitale. C'est un lieu symbole de la mémoire de la traite négrière en Afrique, reconnu officiellement par l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1978 : Gorée, « île-mémoire » de cette tragédie, fut ainsi l’un des tout premiers lieux à être portés sur la liste du patrimoine mondial gérée par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture(UNESCO).
Plan du combat naval du 1er novembre 1677 entre la flotte française commandée par d'Estrées et les Hollandais : on voit que l'île possédait deux forts, une forge et des infrastructures.
Le navigateur portugais Dinis Dias atteint l'île de Gorée en 1444, qu'il baptise « Palma »[1]. Les Hollandais s’emparent de Gorée en 1588et la baptisent Goede Reede, « la bonne rade », étymon du nom actuel. Les Françaiss'implantent sur l’île le 1er novembre 1677[2], mais les Anglais leur disputent cette position jusqu'à la paix d'Amiens en 1802. L'île fut occupée par les Anglais de 1804 à 1817 puis rendue à la France.
La traite des esclaves perdure pendant trois siècles sur les côtes africaines (Gambie, Saint-Louis du Sénégal, Bénin, Ghana…). Les centres concentrationnaires des esclavesafricains en partance pour l’Amérique se situent surtout à Saint-Louis, point de convergence de la traite négrière arabo-musulmane et européenne.
À Gorée, l'ancienne demeure de la signareAnna Colas Pépin (nièce d'Anne Pépin), connue dans le monde entier sous le nom de Maison des Esclaves, est un lieu plus symbolique qu’historique. Cependant, l'île de Gorée reste une place qui a joué un rôle non négligeable dans la traite, par la présence de captiveries françaises[3] et le nombre d'esclaves déportés (environ 500 par an entre 1726 et 1755 et 15 476 entre 1761 et 1848)[4]. L'historien américain Philip Curtin estime ce nombre entre 900 et 1 500 personnes.
Les propriétaires des villages négriers sur le continent où étaient stockés les captifs étaient les Rois Wolof du Cayor et les Rois Toucouleurs du haut fleuve Sénégal. L'on trouve aux Archives nationales de France, rue Soubise à Paris, ainsi qu'à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand, les informations concernant ces rois négriers et la macabre comptabilité de ce commerce.
Les Rois du Cayor se heurtèrent néanmoins à une forte résistance des Lébous et des Sérères habitant la petite côte du Sénégal, lesquels furent décrits dès le début du xve siècle par le navigateur Alvise Cadamostocomme des peuples refusant de vendre des esclaves.
En parallèle du commerce des esclaves contrôlé par l'administration des Rois de France et d'Angleterre, le commerce de la gomme, de l'arachide, des peaux, de l'or du Galam, des épices pauvres ainsi que la fourniture d'ouvriers qualifiés (charpentiers, maçons…) assurent la prospérité économique des signares de l'île de Gorée du xviiie au xixe siècle. Les signares de Gorée, en particulier Anna Colas Pépin lanceront, le commerce de l'Arachide au Sénégal en 1841 à Rufisque ce qui provoquera le développement économique de ce village qui deviendra une ville.
Avec la fondation de Dakar en 1857, à la demande des notables métis de l'île, signaresen tête, Gorée perd progressivement de son importance. En 1872 l'administration coloniale française crée les deux communes de Saint-Louis et Gorée, les deux premières communes d'Afrique de l'ouest sur le modèle occidental, dotées exactement du même statut que les autres communes françaises (statut ultérieurement étendu à Dakar et Rufisque : les quatre communes). Dakar, sur le continent, fait partie de la commune de Gorée, dont l'administration se trouvait sur l'île. Cependant, dès 1887, Dakar est détachée de la commune de Gorée et devient une commune de plein exercice. La commune de Gorée en est réduite à sa petite île.
En 1891, la population de Gorée s'élève à 2 100 habitants contre 8 737 pour Dakar. En 1926, l'écart s'accentua : les Goréens ne sont plus que 700, alors que la population de Dakar atteint 33 679 personnes. C'est ainsi que la fusion de Gorée avec Dakar est décidée en 1929. La commune de Gorée disparaît et Gorée n'est plus désormais qu'une petite île sur la commune de Dakar. Le lieutenant Robert Gaffiot publie en 1933 un ouvrage dont le titre reflète bien ce déclassement : Gorée, capitale déchue.
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