18/04/2020
Malamine et le confinement
Partie 1
Une centaine de kilomètres parcourus, Mélamine avait la gorge sèche. Sa main se tendit vers le petit thermos pour boire une gorgée d’eau tiède. Depuis l’apparition de ce virus, covid 19, les gens ne boivent que de l’eau tiède. L’eau sortie du réfrigérateur est remise aux calendes grecques. Ce qui emmena un sourire sur son visage. Combien de fois, il avait demandé à ses deux garçons de lui laisser, au moins, une bouteille dans le réfrigérateur. Ce qu’ils n’avaient jamais fait. La facture d’électricité sera moins salée. Le thermos était vide. Sa main droite chercha une bouteille à portée de main. Quelques gorgées pour éviter d’avoir la gorge sèche. Un autre conseil du corps médical pour empêcher le virus de pénétrer les poumons et de générer des dégâts. Il avait toujours une bouteille d’eau pour humidifier sa gorge comme aujourd’hui. Sa profession de consultant l’amenait à animer des séminaires où il parlait beaucoup. Son expertise n’est plus à démontrer, ni au niveau local, ni au niveau de la sous-région. Il est bien respecté. Un respect qu’il ne doit qu’à sa rigueur dans le travail bien fait. Il fait partie des rares consultants qui donnent la priorité au travail et très peu à l’argent. Ces quelques gorgées lui firent du bien. Il se consola de cette eau loin d’être tiède, se disant qu’il va arriver bientôt à la maison où il aura la précieuse liquide. La maison, un havre de paix, avait-on l’habitude de dire. Malamine avait des doutes concernant cette maxime. Il ne savait pas ce qu’il allait retrouver chez lui. Seynab, sa femme avait des sautes d’humeurs. Il ne savait pas à quoi s’entendre avec elle. Seynab ! Il se rappelait avec une exactitude précise leur rencontre à l’université de Suxees (un nom d’emprunt). Belle, elle était, pleine de vitalité aussi. La « maison des étudiants étrangers » fut le lieu de cette rencontre. Tous les deux avaient bénéficiés de bourses ou d’aide pour pouvoir étudier dans cette université. Pour lui, une bourse de l’état du Sénégal et pour elle, une subvention des « Sœurs de la Corporation Sainte-Lucie ». Leur relation fut intense, et quelques mois après, ils se marièrent et un enfant souda cette union. Seynab a l’impression d’être plus « civilisée » que son mari. Elle fixait les règles à la maison : le menu de la semaine, à quelle heure il faut prendre les repas, comment éduquer les enfants … Elle tenait à passer ses vacances sur la petite côte, à quelques encablures de la capitale. Malamine ne savait pas lui dire non. Pour elle, il avait quitté son job d’enseignantchercheur pour devenir consultant. Les vacances de sa femme lui coutaient les yeux de la tête. Il ne tenait pas à recevoir les reproches de sa femme. Seynab travaillait dans une entreprise pharmaceutique de la place comme biologiste, mais son salaire était destiné à couvrir les dépenses de ses parents qui vivaient dans un autre pays. Plongé dans ses pensées, Malamine n’avait pas vu qu’il était arrivé devant sa maison. Il faisait plus de vingt-trois heures. Il sortit de sa voiture, mit une noisette de gel antiseptique dans le creux de la paume, s’en frotta les mains (le covid est passé par là), prit ses clés et ouvrit la porte de la maison après avoir pris les marches des escaliers qui lui semblaient bien pénibles. Il accédait à sa maison par celles-ci. Il avait reconstruit cette maison, laissée par sa défunte mère, et y vivait avec ses deux frères et leurs familles. Seynab, ne voulant pas vivre dans une « grande demeure », ses propres mots, il a été contraint de séparer son appartement et celui de ses frères qui vivaient au rez-de chaussée. La porte d’entrée franchie, son « bonsoir » prononcé n’eut aucun écho, comme d’habitude. Il savait que sa petite famille était bien à la maison avec toutes les lampes allumées. Il se dirigea vers le salon où sa femme et ses deux enfants étaient en train de suivre une chaine étrangère. Une autre habitude de sa famille qui préférait les chaines étrangères aux chaines locales.