20/09/2026
[LE SAVIEZ - VOUS ?]
"Cóc Cốc Tùng Tùng" — Quand une nouvelle génération raconte le Vietnam
À Saïgon, une nouvelle génération fait revivre les histoires du Vietnam
À l’approche de la Fête de la Lune, un étrange personnage prend place dans la cour d’un ancien édifice religieux au cœur de Saïgon : un immense crapaud en bambou et en papier traditionnel, entouré d’animaux inspirés des contes populaires. Haut de près de trois mètres, il semble tout droit sorti d’une histoire racontée autrefois aux enfants. Pourtant, cette création raconte aussi quelque chose de très contemporain.
Elle fait partie de Cóc Cốc Tùng Tùng, un projet imaginé par de jeunes passionnés de culture et de patrimoine, réunis autour de Khởi Đăng Tác Khí et Tàng The Culture Lab. Leur ambition est simple en apparence : créer un espace où les enfants, mais aussi ceux qui souhaitent mieux comprendre la culture vietnamienne, peuvent découvrir les traditions de la Fête de la Lune autrement. Derrière les lanternes, les histoires et les activités proposées, il y a surtout une volonté de rendre le patrimoine accessible à une nouvelle génération.
Une fête qui raconte la diversité du Sud du Vietnam
L’un des aspects les plus intéressants du projet est la manière dont il fait dialoguer plusieurs traditions présentes dans le Sud du Vietnam. La Fête de la Lune y est présentée à travers les pratiques de trois grandes communautés qui ont profondément contribué à façonner l’identité culturelle de la région : les Vietnamiens, les Chinois et les Khmers.
Chacune possède ses propres histoires, ses propres symboles et sa propre manière de célébrer la lune. Les traditions vietnamiennes côtoient ainsi celles de la communauté chinoise, notamment autour du culte de la lune et des figures féminines qui lui sont associées, tandis que les traditions khmères rappellent l’importance de la lune dans les pratiques spirituelles et agricoles du delta du Mékong.
L’intérêt n’est pas de mélanger ces traditions pour en créer une seule, mais au contraire de montrer comment elles ont coexisté et continuent de participer ensemble à la richesse culturelle du Sud du Vietnam. C’est aussi une manière de raconter Saïgon comme elle est réellement : une ville construite au fil du temps par des communautés différentes, des échanges et des influences multiples.
Quand un conte ancien devient une histoire sur le climat
Au centre du projet se trouve également une histoire populaire connue au Vietnam, celle du crapaud qui décide de défier le Ciel lorsque la terre souffre de la sécheresse. Dans le conte traditionnel, le petit animal devient le porte-parole de ceux qui attendent désespérément le retour de la pluie.
Pour les jeunes créateurs de Cóc Cốc Tùng Tùng, cette histoire possède une résonance étonnamment actuelle. À une époque où les températures augmentent, où les épisodes de chaleur deviennent plus fréquents et où les conséquences du changement climatique se font sentir dans de nombreuses régions du monde, un récit ancien sur la sécheresse peut prendre une nouvelle dimension.
Le conte permet ainsi d'aborder la question de l'environnement avec les enfants sans transformer le sujet en leçon théorique. À travers un personnage familier et une histoire facile à comprendre, il rappelle simplement que la nature n'est pas un décor extérieur à nos vies et que les générations futures devront, elles aussi, en prendre soin.
Des jeunes qui choisissent de transmettre autrement
Ce qui rend le projet particulièrement intéressant n’est peut-être pas seulement ce qu’il raconte, mais la manière dont il est construit. Les jeunes participants ont travaillé sur les décors, les lanternes, les récits et les différentes expériences proposées aux visiteurs. Les matériaux traditionnels et le travail manuel occupent une place importante, donnant aux objets une dimension beaucoup plus concrète qu’une simple exposition.
Cette démarche traduit une évolution intéressante dans la manière dont une nouvelle génération vietnamienne regarde son propre patrimoine. Il ne s’agit plus seulement de préserver des traditions parce qu’elles appartiennent au passé, mais de chercher de nouvelles façons de les faire comprendre et de leur donner une place dans la vie actuelle.
Pour un enfant, découvrir une histoire ancienne à travers une immense lanterne fabriquée à la main peut être beaucoup plus parlant que de lire quelques lignes dans un livre. Pour un visiteur étranger, c’est aussi une porte d’entrée vers une culture dont la richesse réside précisément dans la coexistence de nombreuses influences.
Faire vivre le patrimoine plutôt que le mettre sous cloche
C’est probablement ce qui résume le mieux l’esprit de Cóc Cốc Tùng Tùng. Le projet ne cherche pas à reproduire une image nostalgique d’un Vietnam traditionnel qui aurait disparu. Il montre plutôt comment des jeunes peuvent reprendre des histoires, des savoir-faire et des symboles hérités des générations précédentes pour leur donner un nouveau sens.
La Fête de la Lune devient alors bien plus qu’un moment destiné aux enfants. Elle devient un espace de transmission, de rencontre et de réflexion sur ce que nous souhaitons conserver pour demain.
Une histoire populaire peut raconter la sécheresse. Une lanterne peut rappeler notre rapport à la nature. Une fête traditionnelle peut réunir plusieurs communautés autour d’une même nuit de pleine lune. Et une nouvelle génération peut, à son tour, prendre le relais pour que ces histoires continuent de vivre.
À Saïgon, cette année, le son des tambours de Cóc Cốc Tùng Tùng ne raconte donc pas seulement une tradition ancienne. Il rappelle aussi qu’une culture reste vivante lorsqu’elle continue à être racontée, réinterprétée et transmise à ceux qui viendront après nous.